Un introverti a-t-il le droit d’être ambitieux ?

Cet article a été rédigé par Hermione Bily. Elle aborde sur son blog le thème de la résilience psychique après un traumatisme. Sur www.aimervivregrandirlibre.com se trouvent des ressources gratuites pour celles et ceux qui veulent comprendre et surmonter un évènement traumatisant (rupture, agression, deuil…).

 

Etre introverti et ambitieux n’est pas la chose la plus simple à vivre. L’ambition peut être vue par certains comme un tort, une force aux côtés sombres incitant à faire tout et n’importe quoi pour atteindre ses buts. A mon sens, nous pouvons choisir d’utiliser à bon escient la force motrice de l’ambition. Vouloir une position de haut niveau pour soi-même est un désir sain, et nous n’avons pas forcément à écraser les autres pour y parvenir. Au contraire, nous pouvons collaborer avec d’autres pour se faire grandir mutuellement. Puis, lorsque nous sommes arrivés à destination, nous avons monté, et donc nous avons des opportunités depuis une position plus influente pour changer les choses, aider encore plus de personnes.

Avant de commencer, je voulais dire un mot sur le fait que je suis très honorée d’intervenir sur le blog de Julien. C’est un lieu très riche et bienveillant pour nous introvertis francophones. Chaque visite que j’y effectue est un véritable plaisir. Merci à toi pour cet espace d’expression.

Le paradoxe ambition – extraversion

Je suis une introvertie ambitieuse, et je ne l’ai pas toujours assumé. Ayant toujours redouté le conflit –comme beaucoup d’introvertis-, j’avais établi la croyance que je n’étais pas assez courageuse pour réaliser mes rêves. D’où le titre provocateur de cet article, car je mettais ma légitimité d’avoir ces ambitions en question. Pas de courage, pas de rêves. Dans mes idées préconçues résidait le fait que pour exister et monter, il faut taper du poing, s’affirmer, réclamer toujours plus fort… Or le courage ce n’est pas agir ainsi.

J’ai donc songé à tout abandonner pour m’enfermer dans une routine sécurisante. Persuadée de manquer de « force de caractère » pour assouvir mes ambitions, j’ai longtemps obéi à des ordres absurdes, et cela m’a rendu profondément malheureuse. Le naturel revient au galop, nous introvertis avons une imagination et une richesse de réflexions telles que l’on peut se sentir oppressés si on nous enferme dans des carcans de pensée.

Les introvertis peuvent et doivent être ambitieux. Nos atouts sont singuliers, et il existe d’autres voies que les conflits et autres jeux sociaux pour nous mener très haut. Et la bonne nouvelle, c’est que l’on peut tout accomplir en restant naturel. Oui, notre douceur de caractère est un allié pour changer les choses. Nous introvertis pouvons compter sur notre capacité de réflexion pour aller loin. Car nous sommes experts pour créer une multitude de scénarios de possibilités. Et parmi ces scénarios, certains sortent du cadre classique de la réflexion de la masse.

Notre imagination nous permet d’établir des stratégies complètement innovantes. Certaines sont incongrues au premier abord, mais ne laissez rien de côté par peur du jugement. Soyez curieux et amusez-vous dans votre réflexion. Inutile de s’inquiéter du qu’en dira t’on alors que rien n’est encore lancé.

Une ambition au-delà des idées préconçues

Aux yeux d’un extraverti, notre discrétion est régulièrement interprétée comme une molesse de notre part, et de facto ressentie comme un manque d’ambition évident pour eux. Nous savons que les introvertis ne sont pas les pros de la joute verbale pour montrer ce qu’ils ont dans le ventre. Alors, plutôt que de s’enliser dans des débats très probablement désavantageux pour nous, misons plutôt sur une de nos forces : la production de résultats de qualité. Travaillons en silence, car les résultats valent mieux qu’un long discours. De cette façon, nous prenons plaisir au processus, notamment lors de notre phase de réflexion.

C’est à nous de présenter notre travail sous la forme qui nous avantage. Nous ne devons pas hésiter à présenter nos bons résultats, à les répéter autant de fois que nécessaire et les mettre en valeur.

Dans votre cerveau d’introverti, vous vous posez peut-être déjà ces questions « Oui mais si on me juge sur tel et tel point ? Comment je dois réagir ? Si le retour est trop mauvais, et que je n’ai pas su défendre mes propos, n’ai-je pas plus qu’à tirer un trait sur mes ambitions ? » Pas de panique. Déjà, une erreur est humaine, rarement fatale, et c’est ce qui nous permet d’apprendre. Ensuite, passez en revue dans votre tête toutes les potentielles critiques, et apportez les corrections sur vos travaux si vous le jugez nécessaire. Si la critique n’est selon vous pas fondée, anticipez une formulation de réponse, avec votre empathie naturelle. En agissant ainsi, vous cumulerez les résultats positifs et les avancées, ce qui taira progressivement cette petite voix intérieure qui doute en permanence.

Dernier point, adaptez-vous à vos interlocuteurs. Vous avez une démonstration à faire, alors mettez-vous à la place d’un extraverti qui écoute. Qu’attend-il ? Un ton enjoué est le bienvenu. Vous êtes là pour satisfaire une ambition, alors mettez de la vie dans votre communication. Qu’il s’agisse d’un schéma, d’une présentation, d’un discours ou d’un objet fabriqué, ne négligez pas la forme. Souvent, c’est le fond qui intéresse le plus un introverti, la forme étant parfois vue comme étant superficielle. Il peut être très dommageable de négliger ces détails.

Je vous invite donc à mettre de la couleur, des variations d’intonation… Tout ce que vous jugerez utile pour embellir l’outil de votre avancée !

Comment j’ai utilisé mon introversion pour réussir un projet ambitieux

Je vais prendre un exemple personnel où le processus que je viens de vous décrire a fonctionné. Lors de mon stage de fin d’études d’ingénieur, je travaillais sur de la réduction de coûts de fabrication. Sujet de mémoire très classique. J’avais identifié plusieurs opportunités d’amélioration, mais je peinais à exprimer mes idées. En réunion, la désapprobation me déroutait un peu. Je ne comprenais pas pourquoi on ne croyait pas en certaines de mes idées, simples à appliquer, aux résultats mesurables très rapidement, et au risque limité. Mais je ne savais pas quoi répondre aux objections.

J’ai réalisé qu’en fait je communiquais mal mon message, et que ma façon de présenter les choses était peu enthousiaste. On ne croyait pas vraiment que j’y croyais à mon plan. On me taquinait gentiment sur des choses qui paraissaient peu réalistes.  A noter que j’avais la chance d’être dans une entreprise où l’ambiance était très bonne, et la critique jamais malveillante. J’ai réfléchi quelques temps avant de mettre au point la solution suivante : j’ai créé seule, au calme dans mon bureau, un mini programme informatique pour définir plusieurs schémas de fabrication, qui calculait automatiquement les coûts selon les paramètres sélectionnés.

J’ai présenté cet outil devant une trentaine d’interlocuteurs de différents services. Le côté interactif et ludique a été compris et apprécié par tous. Ce qui signifie qu’un travail que j’ai réalisé de façon solitaire et en me ressourçant, m’a permis de communiquer efficacement ! Ne croyez donc pas qu’il n’y a que la spontanéité orale qui compte.

En résumé, pour rassasier votre soif d’ambition, travaillez à partir de vos talents, et croyez en vous. Soyez ensuite créatif sur la façon de présenter vos résultats. Apportez votre touche personnelle pour vous démarquer. Ne craignez pas la critique, vous l’avez anticipé et elle vous fera grandir. Et surtout, amusez-vous tout au long du processus, car au fond tout cela n’est qu’un jeu.