Se faire vanner : quand l’humour blesse plus qu’il ne fait rire

Se faire vanner, en apparence, c’est léger. C’est une moquerie, souvent présentée comme bon enfant, comme une preuve d’affection ou d’intégration. En France, c’est même devenu un véritable mode de communication pour certains, souvent par les gens qui parlent trop. Mais pour ceux qui manquent de répartie, ou qui ont une sensibilité un peu plus fine, se faire vanner peut être une expérience profondément blessante.

« C’est pour rire »… vraiment ?

Il y a des personnes pour qui vanner est une habitude. Elles le font tout le temps, avec tout le monde. Ce n’est pas forcément méchant. Du moins, pas dans leur intention. Mais l’impact, lui, peut être considérable.

Souvent, ces personnes sont très à l’aise socialement. Elles aiment attirer l’attention, faire rire, se poser en leader de groupe. Leurs vannes créent des rires… mais aussi, parfois, des silences lourds, des regards fuyants, des blessures invisibles. Et celui ou celle qui se fait vanner régulièrement, sans jamais pouvoir répliquer, finit par accumuler une souffrance que personne ne voit.

L’expérience d’un stage, et d’une humiliation

À 16 ans, lors d’un stage d’escalade, j’ai vécu une scène particulièrement difficilement. Un soir, un stagiaire, expert autoproclamé de la vanne, m’a imité de manière cruelle devant tout le groupe. Un sketch silencieux, long, pesant. Tout le monde a compris. Personne n’a rien dit.

Se faire vanner, c’est parfois aussi se sentir seul contre tous.

Heureusement, une monitrice est intervenue. Mais le mal était fait. La honte, la perte d’estime, le sentiment d’injustice… Ces émotions restent longtemps ancrées. Je me souviendrai toute ma vie de ce moment.

Pourquoi « se faire vanner » fait si mal ?

Parce que ce n’est pas juste une blague. C’est une atteinte à l’identité, une manière détournée de pointer ce qui est différent, ce qui dérange, ou ce qui semble « faible ». Et quand on est jeune, ou en manque de confiance, on ne sait pas comment répondre. On encaisse. En silence.

En France, la vanne est souvent valorisée. « Il faut savoir se défendre », « Faut pas être susceptible », « C’est juste pour rire »… Ces phrases sont des refuges pour ceux qui ne veulent pas assumer la violence déguisée de certaines moqueries.

Se défendre sans devenir comme eux

Alors que faire quand on se fait vanner ?

  1. Ne pas culpabiliser de se sentir mal. Vos émotions sont légitimes.
  2. Recadrer calmement, si possible avec humour : « Tu parles beaucoup, mais est-ce que tu écoutes parfois ? » peut désarmer plus qu’une contre-vanne.
  3. S’éloigner, tout simplement. Certaines relations sont toxiques, même si elles sont déguisées en camaraderie.
  4. Parler. Écrire. Partager. Parce qu’il y a des milliers d’autres personnes qui vivent la même chose… et qui pensent être seules.

Vanner : une culture à questionner

Se faire vanner n’est pas un rite de passage obligatoire. Ce n’est pas une épreuve qui forge le caractère. C’est, dans bien des cas, une agression sociale tolérée. Et il est temps de remettre cela en question.

Certaines personnes ont basé tout leur humour sur la moquerie. Ce n’est pas parce qu’ils le font avec tout le monde que c’est acceptable. Ce n’est pas parce qu’ils font rire les autres que c’est inoffensif.

Pour conclure : se respecter, c’est aussi dire non aux vannes

La prochaine fois que vous sentez une vanne vous rabaisser, souvenez-vous : vous n’êtes pas seul. Vous avez le droit de ne pas rire. Le droit de dire stop. Le droit de choisir des relations dans lesquelles vous vous sentez bien, respecté, écouté.

Parce que la vie est trop courte pour se faire vanner par des gens qui ne savent pas aimer autrement qu’en moquant.

Julien Prest

A propos de l'auteur du site : 

Julien Prest

Julien est coach professionnel certifié, formateur et spécialiste de l’introversion. Il aide les personnes réservées, discrètes, introverties à prendre confiance en elles, trouver leur place et s'épanouir dans leur vie personnelle et professionnelle