Réflexions sur la timidité et pistes pour en sortir

Cette peur incontrôlable de prendre la parole dans les groupes, ou en réunion… Cette peur de ce que les autres pourraient penser de nous si nous disions quelque chose d’erroné… nous nous taisons, plutôt que de dire quelque chose de travers… et pourtant nous sentons si mal de n’avoir su ouvrir la bouche et d’être paru aux yeux des autres si timides. Voilà, nous sommes si timides. Et cette timidité nous suit, depuis si longtemps.

La timidité, c’est une peur. C’est bien différent de l’introversion, qui est une préférence pour son monde intérieur, mais n’empêche pas d’aimer le contact, d’aimer aller vers les autres, d’aimer montrer son point de vue aux autres. (pour aller plus loin sur la différence entre timidité et introversion, rendez-vous sur cet article : « La différence entre l’introversion et la timidité« ).

Crédits photo : withbeautiful, Flickr

Pourtant, timidité et introversion sont souvent liées, imbriquées… pour beaucoup, il est parfois si difficile de faire la part des choses. Vous verrez en effet dans cet article que la timidité se forme très souvent chez l’enfant, lorsqu’il entend à répétition que son silence, sa discrétion, ou plus généralement sa manière de se comporter face à une situation inconnue, ne sont pas normaux.
Il est normal que l’enfant ait une forme de timidité, car c’est une réaction naturelle, pour ainsi dire “ancestrale”, face à l’inconnu. Lorsqu’on laisse à l’enfant le temps de s’adapter aux nouvelles situations, en acceptant une forme de timidité, on lui laisse le temps d’apprendre à prendre confiance en lui. A l’inverse, lorsqu’on lui répète à tout va qu’il est timide, lorsque l’on s’excuse auprès des autres du fait qu’il soit trop discret ou qu’il ne parle pas, on lui apprend à avoir honte de son comportement, et à se retirer dans l’ombre.

Comme nous l’avons vu à maintes reprises sur ce blog : être introverti c’est avoir besoin de calme et de solitude pour se ressourcer. Pour un introverti, il est ainsi tout à fait naturel de se replier dans son for intérieur, vers ses pensées, pour fuir les stimuli extérieurs trop forts. Les introvertis sont des personnes souvent “intérieures”, qui préfèrent souvent réfléchir, rêver, qu’extérioriser, ou exprimer leurs pensées. Au départ, c’est différent de la timidité. On peut préférer ne pas exprimer ses pensées, on peut préférer être perdu dans ses pensées, sans avoir peur d’extérioriser quand il le faut. Mais lorsque l’on agit ainsi, on reçoit souvent le message au cours de notre enfance, ou de notre adolescence, que ce n’est pas normal. Ne pas parler n’est pas normal. Ainsi, d’après cet article, ce serait l’une des sources de la timidité. La crainte de ne pas être normal, et finalement l’effacement contraint face à la peur de certaines situations. La peur de s’exprimer, qui n’était pas présente au départ chez une personne introvertie non timide.

Les mots qui suivent ont été écrits par ma femme, psychologue de profession, et qui s’est intéressé de près à la question de la timidité. Ces mots sont traduits par mes soins de la langue tchèque (si si ! :-)), cette belle langue dans laquelle ma femme s’exprime !

Si vous vous sentez timide, les mots qui suivent sont très importants à comprendre. Lisez cela attentivement.

SUR LA TIMIDITE

Petra Prest

J’ai été intriguée il y a quelques temps par un article sur la timidité dans une revue psychologique britannique (le British Gestalt Journal).
La timidité se manifeste de différentes manières, à différents degrés. D’une peur légère dans certaines situations, à des cas extrêmes de timidités névrosées.

La timidité est un mécanisme qui empêche une personne de s’exprimer, de montrer ce qui l’intéresse, de parler, de faire, ou d’initier. Au lieu de cela, il se retire. Son énergie reste bloquée dans son for intérieur, au lieu d’être orientée vers une action extérieure.
Dans la pratique, cela peut se manifester de différentes manières. Par exemple : dans une conférence, une réunion, ou même simplement dans une soirée avec des amis, vous restez assis, et au lieu de dire ce que vous pensez, vous restez silencieux. Vous gardez vos idées et pensées pour vous. 

La timidité ne se manifeste pas seulement par un rougissement lorsque quelqu’un vous interpelle.

C’est un problème plus profond qui vous empêche d’être actif, de vous exprimer, de risquer. Ainsi, la timidité est un mécanisme qui vous empêche de vivre pleinement, de ne pas seulement écouter passivement mais de donner aussi, et d’extérioriser vos pensées. D’être force d’initiative.

Dans le cadre de l’approche thérapeutique Gestalt-Thérapie, on parle d’agressivité refoulée. Et par agressivité, on parle ici de “participation active à notre environnement”. J’aime utiliser le terme d’ “agressivité” dans ce contexte, car il s’agit justement de se montrer, de surmonter sa peur, d’oser se montrer et dire son opinion. Souvent, les personnes timides pensent que tout cela est impossible. Pour ainsi dire interdit. Le simple fait de s’exprimer peut leur paraître comme une agression trop forte à leur environnement.

Dans les situations où elles n’arrivent pas à s’exprimer, les personnes timides vivent souvent des sentiments très désagréables : une forte anxiété, de l’embarras, le sentiment d’être maladroit, et une envie irrésistible de disparaître. Et ces sentiments forts les amène à s’effacer dans l’ombre et ne rien faire. Par la suite, elles ont encore un autre sentiment désagréable du fait de ne pas avoir su s’exprimer. Elles peuvent alors se sentir inintéressantes et maladroites.

Comment une telle manière de fonctionner peut-elle s’installer ?
L’article (du British Gestalt Journal) dont je m’inspire affirme qu’il y a en partie une prédisposition chez l’enfant, de par son tempérament inné. Un enfant peut être relativement craintif naturellement, ce qui va influencer la manière dont il vit une situation (de manière plutôt conflictuelle, désagréable), et le mènera par la suite à éviter une situation plutôt qu’à l’affronter.

Mais l’auteur explique également que la timidité est un mécanisme tout à fait naturel chez les enfants, qui se manifeste lorsqu’ils se trouvent face à de nouvelles situations (par exemple une rencontre avec une personne inconnue). Il n’est alors pas bon de le qualifier de “timide”, car sa réaction est en fait tout à fait adéquate à la situation.
Et justement, un manque de soutien de la part de son entourage amène l’enfant à ne pas savoir assumer ses craintes. On lui colle une étiquette (“il est timide”, “il a honte, il ne te dira rien”, etc.), au lieu de laisser à l’enfant le temps dont il a besoin, sans commenter, pour qu’il apprenne à se sentir en sécurité dans cette nouvelle situation. Autrement on instille en lui le sentiment de honte qui peut lui rester, car de telles étiquettes indiquent à l’enfant qu’il y a en lui quelque chose d’anormal.

Le sentiment de honte est fortement lié à la timidité. La timidité chez l’enfant n’est pas forcément un gros problème au départ, mais si elle est liée à un fort sentiment de honte, l’enfant assimile peu à peu l’information qu’il y a en lui quelque chose d’anormal. Comme nous l’avons dit précédemment, nous instillons ainsi à l’enfant le sentiment que sa timidité est quelque chose de particulièrement anormal. Et ce, souvent, en présence d’autres personnes.

Parfois, l’adulte en vient même à se moquer de la timidité de l’enfant en présence d’autres personnes (on fait remarquer aux autres le fait qu’il ne parle pas, on s’en excuse…).

Il me semble que notre société aime particulièrement les personnes sûres d’elles, et souvent on ne se rend pas compte que ce n’est pas un comportement universel : il est aussi normal de se comporter de manière moins sûre, légèrement timide.

Ces situations où l’enfant s’est trouvé dans une situation où il avait honte, sont des moments qui s’inscrivent profondément dans le psyché de l’enfant. L’enfant se sentira anormal, et au lieu de montrer son manque d’assurance à son entourage, il se tait.

 

Ainsi se crée chez l’enfant un modèle qui se répète encore et encore, jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible que l’enfant réagisse de manière autonome et spontanée, car il “sait bien qu’il est timide”.

Le problème est que l’enfant (et plus tard l’adulte), attend de manière inconsciente une réaction similaire des autres personnes, ma moquerie, et ainsi préfère se taire que de dire ce qu’il pense ou souhaite. 

Les mots ont une influence très forte sur la l’évolution de l’identité et de l’estime de soi. C’est pourquoi on doit être particulièrement attentif à la manière dont on parle avec l’enfant. Ce qu’on lui dit, et ce que l’on dit de lui.

Mais retournons à la timidité chez l’adulte.

Le chemin pour en sortir est souvent long et sinueux. Il n’existe pas de solution magique et unique. Cela dépend également du degré de timidité, à quel point la personne timide est paralysée dans certaines situations lorsqu’elle doit s’exprimer. D’une part, il peut être bon de se faire accompagner par un psychologue, et d’autre part, d’expérimenter directement dans son quotidien ses possibilités, repousser ses frontières, pour arriver à plus se manifester.
Cependant, l’auteur de l’article, psychologue et thérapeute, nuance cela. Il explique que très souvent, ses clients compensent leur timidité en se forçant à l’action. Ils arrivent à ne plus apparaître timides, mais cet effort les épuise et ils se retrouvent ensuite à ressentir une grande insatisfaction intérieure. Il est donc bien-sûr important de travailler à dompter sa timidité. Mais il est également très important d’accepter l’existence de cette timidité sans en avoir honte. En faire partie intégrante de son existence, et l’accompagner pour la dompter petit à petit.

La timidité n’est donc pas quelque chose que vous pouvez éradiquer.

Il convient de la découvrir, de comprendre comment elle se manifeste dans votre quotidien, et de rechercher le degré de timidité qui peut être acceptable et relativement agréable pour vous. Rechercher un équilibre entre les moments où vous vous renfermez, et les moments où vous vous exprimez, un équilibre qui soit acceptable pour vous, pour que vous vous sentiez bien dans votre for intérieur et dans votre manière de fonctionner avec votre entourage.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Ces descriptions vous parlent-elles ? Comment vivez-vous votre timidité au quotidien ? La combattre vous épuise-t-elle ? Ou acceptez-vous cette timidité sans lui faire violence ?