Le jour où j’ai arrêté d’essayer de changer qui je suis

Il faut que je vous avoue quelque chose.

J’ai eu des années TRÈS extraverties.

Voilà, c’est dit.

 

J’ai beaucoup souffert de ma “timidité” étant enfant.

Quand j’y repense, c’est toujours douloureux. Jusqu’aux années collèges qui étaient terribles sur ce plan-là. L’apothéose.

Alors vers 15 ans, je me suis promis de changer.

De ne plus être timide.

Et j’ai tout fait pour essayer de changer.

Crédit photo : Z S, Flickr

J’ai lié amitié avec les extravertis de la classe qui me fascinaient, je participais à tout, je me forçais à parler, à être présent… mais je n’étais pas bien dans ma peau, et avais tant de mal à entrer dans ce rôle !

Au lycée et pendant mes premières années d’études supérieures, c’est resté difficile. J’avais encore beaucoup de mal avec les beaux-parleurs. Dès que j’étais dans un groupe de plusieurs personnes : paralysie totale. Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin sur ce plan-là, je pense que vous voyez de quoi je parle.

Lever la main en amphithéâtre, n’en parlons pas.

Et les sorties nocturnes avec les amis : j’essayais de rester avec eux, d’en profiter, mais je ne comprenais pas pourquoi je fatiguais si rapidement et n’arrivait plus à en profiter passé 11h du soir, alors que les autres commençaient juste à s’amuser.

 

Puis il s’est passé un truc : je suis parti étudier 6 mois à l’étranger.

Et là, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais il y a eu un énorme truc qui s’est débloqué.

Peut-être le fait d’être loin de tout, entouré de personnes qui ne me connaissaient pas quelques semaines avant… vous savez, ce poids de l’étiquette qui nous colle au dos avec les gens que l’on connait depuis longtemps : on a l’impression qu’on ne pourra jamais vraiment changer, parce que tout le monde a une certaine image de nous trop profondément ancrée…

Là : nouvel environnement.

Loin de ma famille, loin de mes amis d’alors. Loin de mon pays aussi, avec ses non-dits et ses traditions parfois pesantes.

Je suis alors devenu extraverti.

Si si :-).

 

Croyez moi ou pas : pendant six mois, j’ai été un élément important du groupe.

Celui qui organise les rencontres, qui initie.

Celui qui fait des blagues au milieu du groupe.

Celui qui reste le plus longtemps faire la fête la nuit.

 

Mais en fait, c’est plus compliqué que ça.

Parce que ce qui s’est réellement passé pendant cette période, c’est que j’avais des journées entières SEUL. J’avais très peu d’heures à la fac. Du coup j’écrivais des nouvelles seul dans ma chambre, j’écoutais de la musique des heures durant, je jouais de la musique, je partais seul faire du vélo ou du roller. Je me baladais…

Bref, je faisais EXACTEMENT ce que je voulais, quand je le voulais. J’étais totalement moi-même. Et je pense que cela m’a donné l’énergie d’être extrêmement social ensuite lorsque l’envie me venait.

Mais mon attitude sociale était tout de même assez extravertie pendant cette période : la manière dont je me comportais dans les groupes, mon enthousiasme, etc. J’étais un peu la personne que j’avais rêvé d’être toute mon enfance. Je n’en croyais pas mes yeux.

 

(D’ailleurs, entre parenthèse, si vous vous sentez lié par des chaînes à votre passé, je vous recommande beaucoup de partir à l’étranger quelques mois, quelques années. C’est peut-être l’une des meilleures thérapies qui soit.

Mais fermons la parenthèse et continuons.)

 

Malheureusement (ou heureusement plutôt), cette période d’extraversion s’est terminée le jour où je suis revenu de ces 6 mois d’études à l’étranger.

Dès que je suis revenu en France, le poids de mon étiquette de timide est revenu, et c’était reparti pour un tour.

 

Je vous passe les détails sur la suite : j’ai fini par repartir à l’étranger (c’était un peu le hasard… mais le hasard fait parfois bien les choses).

J’ai continué à jouer un peu à l’extraverti quelques temps, mais cela ne marchait plus vraiment (on ne peut pas jouer un rôle indéfiniment). Et cela a commencé à me peser à nouveau. De ne pas y arriver. De fatiguer rapidement dans les groupes et dans les soirées. De craindre les moqueries taquines des plus extravertis que moi. De me comparer à d’autres “grandes gueules”, et de les envier pour leur facilité à parler…

 

LE jour où j’ai arrêté d’essayer de changer qui je suis : ce jour n’existe pas.

Ce jour s’est mis en place petit à petit, pendant plusieurs années.

 

Il s’est mis en place déjà avant que je découvre ce fameux tempérament introverti.

Je commençais à sentir qu’il fallait que je m’écoute plus.

J’ai commencé à suivre un peu plus mon instinct.

A moins fréquenter les personnes qui ne faisaient que parler. Et fréquenter plus les personnes qui avaient une sensibilité proche de la mienne.

A m’autoriser à partir des soirées lorsque je sentais que c’était le bon moment.

A m’autoriser à rester chez moi seul tout un week-end quand j’en avais envie.

 

Là où cela restait (très) compliqué : c’était dans mon emploi.

Là, je voulais être le leader charismatique (par charismatique, on entend bien-sûr “extraverti” : celui qui sait envoûter tout le monde par ses paroles, etc.).

Je voulais être à l’aise avec tous mes collègues, être apprécié…

Et en fin de journée, j’étais exténué, et déprimé.

Stressé de tout ce que mes collègues et mes chefs pouvaient penser de moi.

Épuisé de tout ce que je m’étais forcé à faire en interactions sociales pendant la journée, et déprimé d’avoir échoué lamentablement pour la moitié d’entre elles…

 

Puis il y a eu la découverte de mon tempérament introverti.

La suite vous la connaissez :

… j’ai commencé à comprendre réellement qui je suis

… j’ai commencé à comprendre que l’on pouvait avoir du charisme sans devenir extraverti

… j’ai compris que j’avais une autre carte à jouer, en restant totalement moi-même.

 

Ce jour où j’ai arrêté d’essayer de me changer est donc arrivé progressivement.

Mais un jour, il est arrivé.

 

Et qu’est-ce que ça fait du bien !

Qu’est-ce que c’est bon !

Je vous conseille vraiment d’essayer 🙂 (si ce n’est déjà fait).

 

C’est ce moment où le regard des autres perd toute son importance.

Ce moment où l’on se rend compte que notre passage sur terre n’est tout de même pas très long, et que c’est trop c… bête de se gâcher ce court moment avec ce que pourraient bien penser d’autres personnes qui d’ailleurs n’ont souvent pas grande importance dans notre vie.

Ce moment où l’on découvre le bonheur de prendre contact avec ses envies : ces fameuses envies que l’on a tendance à oublier, et dont je parlais dans cet article.

Ce moment où l’on met en place un nouveau mécanisme : celui de toujours se demander à soi-même ce que l’on souhaite, avant de dire oui ou non, ou de planifier quelque chose. Et d’écouter ses envies, sincèrement.

 

Qu’est-ce que ça change la vie !

Et quel bonheur pour votre entourage de vous voir vous épanouir, vous sentir mieux, affirmer vos envies… les relations n’en sont qu’enrichies.

 

Ce jour où j’ai arrêté d’essayer de changer qui je suis, c’est un peu le jour où j’ai commencé à vivre. Pleinement.

 

Je ne vais pas vous mentir : il y a encore des moments où mes vieux démons me rattrapent.

Une soirée avec une personne très extravertie, et de surcroît intéressante, et je me mets à l’admirer… à souhaiter intervenir plus, à avoir sa considération…

Mais j’en suis conscient. Et dans ces moments, je me dis : “STOP Julien. Tu es en train d’essayer de te changer. Respire à fond, calme-toi. Et reste qui tu es, pleinement. C’est comme ça qu’on t’apprécie, et que tu te sens bien”.

Je ne regrette jamais d’être resté moi-même. Même quand une situation ne s’est pas très bien passée, si je suis resté moi-même, je n’ai pas de regret après-coup. Alors que lorsque je joue un rôle, je m’en veux presque toujours après coup d’avoir été trop ci, ou trop ça. Même quand la situation s’est bien déroulée objectivement.

 

Un petit message personnel aujourd’hui. Un peu de ma vie, pour vous. Peut-être un peu d’inspiration, de bouffée d’air en cette fin d’année 2016.

Je vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année, et que 2017 soit l’année de l’authenticité.

Peut-être pour vous l’année où vous aurez arrêté d’essayer de changer qui vous êtes.

Je vous le souhaite de tout mon cœur.

Bonne fin d’année !