La crise de la trentaine quand on est introverti

J’ai été frappé récemment par une chose intéressante : parmi les témoignages de lecteurs que je reçois, beaucoup sont des personnes actives professionnellement depuis quelques années, en couple, souvent avec des enfants, autour de la trentaine. Ils découvrent leur introversion, alors qu’ils sont en pleins questionnements sur leur vie, en pleine crise de la trentaine.

Ce qu’ils me décrivent est également très proche de ce que j’ai vécu. Cela ressemble souvent à quelque chose comme ça :

Crédit photo : Giuseppe Milo, Flickr

Jeanne était une adolescente un peu timide, mais avait quelques amis avec lesquels elle se sentait très bien. Sa timidité la dérangeait un peu, mais elle s’en accommodait, et cela ne l’empêchait pas d’avoir une vie sociale assez importante, donc ce n’était pas un handicap si important.

Lorsque les études se sont terminées, tout a changé : elle a trouvé un emploi prenant, dans lequel elle a pris de plus en plus de responsabilités au cours des années. Elle s’est trouvé un petit ami, avec lequel elle a fini par s’installer, puis avoir un ou deux enfants. Au début, elle a pris confiance en elle. Dans son emploi, elle a bataillé pour ne plus être la petite fille discrète qu’elle était, et cela a payé. Ses nouvelles responsabilités, son petit ami attentionné, tout cela a contribué à renforcer sa confiance en elle.

Pourtant, soudainement, après quelques années de cette vie relativement heureuse, est arrivé un moment difficile. Une grande fatigue. La course permanente, entre l’emploi, les courses, les enfants… Rien d’idéal pour une personne introvertie, qui aurait besoin d’un peu de temps pour se ressourcer dans la solitude.

C’est en cherchant les causes possibles de ses baisses de moral et de sa grande fatigue qu’elle découvre qu’elle est tout simplement introvertie. Elle comprend alors que la vie qu’elle mène n’est pas idéale pour son tempérament.

Ce parcours m’apparait de plus en plus comme un parcours “classique” d’introvertis. Peut-être vous reconnaîtrez-vous en partie dans ce parcours.

La plupart des personnes introverties sont légèrement timides, mais cette timidité n’est pas un grand handicap. Pendant le lycée, puis les études secondaires, elles s’accommodent de cette timidité relative… elles ont des amis, suivent de près ou de loin les activités organisées par les personnes plus extraverties… sans s’en rendre compte, elles ont également beaucoup de temps seules. Lorsque l’on vit chez ses parents et que l’on a un espace pour soi, lorsque l’on étudie mais qu’après les cours on a des moments sans amis, le quotidien offre finalement relativement beaucoup de moments de solitude qui permettent de balancer les contacts sociaux intensifs du lycée ou de l’université. Leur tempérament introverti trouve encore son équilibre.

Lorsque l’on commence un emploi, les choses commencent à se gâter pour notre tempérament introverti. Les nombre d’heures quotidiennes au contact d’autres personnes s’accroît : on ne rentre plus à 16h de la fac, mais à 19h. On n’est plus passif sur des bancs d’école à écouter, et à pouvoir se perdre dans ses rêves… on participe maintenant activement à des réunions où nous devons communiquer, intervenir, donner notre avis.
Mais si l’on vit encore seul(e), ou que l’on n’a pas d’enfants, notre quotidien nous offre encore de nombreuses heures de solitude une fois rentrés chez nous le soir ou en fin de semaine. L’équilibre est encore à peu près respecté.
De plus, l’excitation des premières années d’emploi permet de sortir de sa zone de confort : on aime apprendre, découvrir ce nouveau monde de l’entreprise, on aime cette nouvelle “maison” qui nous fait vivre et nous offre un nouveau cercle social. On aime gagner un premier salaire, c’est excitant. On est enfin indépendant.

Quelques années passent, et cet emploi devient de plus en plus prenant. Notre implication dans l’entreprise du départ a porté ses fruits : on a obtenu plus de responsabilités. C’est ce que nous souhaitions. Nous en sommes heureux, notre égo est flatté et le contenu de notre emploi s’est amélioré : souvent, plus de responsabilités amènent aussi un contenu plus riche. C’est satisfaisant intellectuellement. On a l’impression de devenir plus “utile” à l’entreprise, à la société. Mais les horaires s’allongent… s’allongent… et notre tempérament introverti commence à en pâtir, sans que nous ne nous en rendions compte.

Au début, cela se passe de manière plus ou moins visible : on reste de plus en plus tard au travail, car nous souhaitons bien faire, rendre un travail bien fait. Mais cela devient une habitude, et les moments de solitude dont nous avons besoin, notre “oxygène”, s’amenuisent petit à petit.

La trentaine approche. Notre envie de fonder une famille se concrétise. Au début, avec notre partenaire, nous vivions séparément. Puis nous avons vécu ensemble, de manière assez libre : chacun avait ses moments. Enfin, petit à petit, nous avons fait de plus en plus de choses ensemble.

La trentaine : l’âge de la crise, où tout bascule.

Un emploi plus prenant, des responsabilités familiales plus prenantes. Le nombre d’heures quotidiennes allouées à notre besoin de solitude a littéralement fondu au soleil pour avoir presque disparu. Lorsqu’il y a des enfants à la clé : il n’est pas rare que le temps solitaire ait totalement disparu.

Ce basculement n’est pas anodin, loin de là. Pour beaucoup il est très difficile. Et cela se ressent dans divers aspects de la vie.

Dans l’emploi, d’abord. Où après des années passées à donner une grande énergie à “faire bien”, pour prendre des responsabilités, on se retrouve face à un grand doute. Une grande fatigue, et un grand doute sur l’intérêt de tout cela. Nous sommes, en fait, fatigués. Fatigués de trop d’interactions sociales, de non respect de notre introversion.

Changer d’emploi n’est pas toujours la bonne solution, car les problèmes se retrouvent ailleurs, encore et encore.

La solution est d’abord dans le quotidien : il faut apprendre à imposer ses besoins de solitude. A les réserver dans son emploi du temps. Il y va presque de notre survie !

Puis dans notre vie privée : il nous faut revoir l’organisation. Revoir notre vie amicale, revoir le mode de fonctionnement avec son partenaire… pour véritablement s’offrir des moments où l’on ressource nos besoins d’introvertis.

Enfin, dans notre emploi, parfois (si vous vous posez des questions sur votre orientation professionnelle suite à la découverte de votre tempérament introverti : cet article pourra vous aider).

Et alors, la trentaine, c’est aussi une nouvelle opportunité !

Celle d’apprendre à mieux respecter ses besoins d’introverti pour être plus heureux dans son quotidien.

Qu’en pensez-vous ? Ce parcours vous ressemble-t-il ? Comment avez-vous vécu ces différentes phases de votre vie sociale d’introverti(e) ?