L’art de la discrétion : ou comment votre tempérament calme et discret peut devenir un énorme avantage dans votre vie

Aujourd’hui, il semble que la discrétion soit un défaut à combattre. Etre discret, être calme, c’est contraire aux mœurs.

Pour être admis dans la société, il faut savoir parler haut et fort, quitte à couper la parole à l’autre ; avoir un corps sportif que l’on montre, être beau.

Il faut montrer que l’on a une vie riche : et cette richesse ne se conçoit qu’en terme de nombre d’activités, nombre d’amis, nombre d’heures passées à faire la fête…

Tout est dans l’apparence.

 

Pourtant, il fût un temps où la richesse était dans le retrait.

La richesse était celle de savoir penser des heures durant.

Il fût un temps où la richesse était celle de savoir écouter et donner à l’autre toute sa place.

Il fût un temps, où la discrétion était synonyme dans l’esprit des gens de “pudeur”, “humilité”, “intelligence”, “sagesse”.

Crédit photo : Hartwig HKD, Flickr

Aujourd’hui, il est encore possible de faire vivre ces grandes qualités lorsque l’on est introverti.

Pour cela, il faut y croire. Il faut croire en ces qualités, et apprendre à les mettre en valeur. Ce ne sont pas forcément des qualités naturelles, loin de là. Mais ce sont des qualités que nous pouvons développer.

Il nous sera bien plus facile, à nous autres introvertis, de devenir cette personne sage, appréciée des autres par son écoute, ou parce qu’elle ne met pas systématiquement sa propre personne au centre de tout, et sait s’intéresser sincèrement à l’autre.

Une personne sûre d’elle, qui a confiance en elle, parce qu’elle sait qu’elle a trouvé sa place, et que sa place n’est pas dans la parole à tout va, dans l’étalement de sa vie privée et de son corps.

Une personne qui aime s’enrichir intérieurement, en lisant, en réfléchissant. En laissant aussi une place au rêve, à la pensée non finie, non sûre d’elle, en opposition à un monde qui recherche tout le temps à tout rationnaliser, à tout expliquer, à tout argumenter. “La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute”, disait Pierre Desproges. A méditer pour toutes les “grandes gueules” qui ne cessent d’affirmer haut et fort des choses qu’ils n’ont pas pris le temps de réfléchir.

Non, vous n’avez pas à avoir honte de votre tempérament discret.

Et les grandes gueules qui préfèrent la parole au silence, qui préfèrent l’apparence à la réflexion, n’ont aucun droit sur vous : ils n’ont pas le droit de diminuer votre confiance en vous. Ils n’ont pas le droit de vous faire sentir inférieurs, parce que vous parlez moins.

Beaucoup parler n’a jamais été une vertu.

Bien-sûr, vous ne les empêcherez pas de se moquer de votre silence. Vous ne les empêcherez pas de vous demander pourquoi vous ne parlez pas. Vous ne les empêcherez pas de vous reprocher, parfois, le fait que vous ayez l’air de ne pas participer à la discussion. Leur expliquer que vous êtes introverti est vain. Car ils ne comprendraient pas. Laissez-les dans leur monde.

C’est leur problème après tout : c’est leur malaise avec votre silence.

Vous, vous participez à votre manière. En écoutant. En laissant à l’autre toute sa place. Vous n’avez pas la prétention d’accaparer les neuf-dixièmes de la conversation à vous tout seul.

Et leurs remarques sur votre “trop grande” discrétion n’ont pas le droit de vous atteindre. Ce ne serait pas juste. Car votre discrétion est belle. Et vous le savez.

Et puis, n’oublions pas qu’il n’est tout de même pas très juste de la part de personnes qui accaparent les neuf-dixième de la conversation, et ne savent pas s’intéresser à vous, ne savent pas poser une seule question pertinente pour vous aider à prendre un peu votre place dans la conversation… il n’est pas très juste de leur part de vous reprocher ensuite de ne pas parler.

Non ?

 

Encore une fois, je n’ai pas la prétention d’affirmer que tous les introvertis ont naturellement ces qualités que j’associe ici à la discrétion. Mais je pense que ce sont là des qualités que nous pouvons apprendre à développer.

Dans notre recherche d’authenticité, ces qualités nous ressemblent souvent bien plus que celles de se montrer, de brusquer l’autre, d’interrompre, et s’imposer à tout prix dans l’échange avec l’autre.

Ce sont les qualités que nous devons intégrer en nous. En faire une fierté. Une fierté qui nous rend plus fort, et ne nous laisse plus vulnérable face aux attaques basses et futiles sur notre prétendue “trop grande discrétion”.

 

Quelles sont donc les qualités de la discrétion ?

En voici quelques unes, que vous pouvez compléter à votre guise !

  • La discrétion, c’est savoir ne pas prendre trop de place dans l’échange, pour laisser à l’autre son espace.
  • La discrétion, c’est savoir écouter avant de parler.
  • La discrétion permet la pudeur. La pudeur de ne pas dire tout de soi, car notre vie personnelle n’a pas la prétention d’être plus intéressante que celle des autres. La pudeur de ne pas affirmer que notre parole vaut mieux que celle des autres.
  • La discrétion, c’est aussi l’art de se reculer dans ses pensées avant d’affirmer. L’art de ne pas affirmer immédiatement, mais de laisser ses pensées errer avant de se former en une idée qui vaille le coup d’être affirmée avec arguments bien construits.
  • La discrétion, c’est l’art de rester calme, lorsque les autres s’agitent.
  • La discrétion, c’est la pudeur de ne pas chercher à mettre son corps sur le devant de la scène. Dans un monde qui dénude de plus en plus.
  • La discrétion, c’est la sagesse d’être une pensée avant d’être une affirmation. La sagesse d’être, avant de paraître.
  • La discrétion, c’est aussi l’humilité de ne pas se penser supérieur. Tant de personnes introverties souffrent de se sentir en permanence inférieures. Quelle plus grande vertu que de ne pas se sentir supérieur aux autres ?

Bien-sûr, encore une fois, je n’ai pas la prétention d’affirmer que les introvertis possèdent toutes ces qualités naturellement. Se sentir supérieur aux autres est probablement un problème assez universel. Mais le fait d’être naturellement discret, de ne pas prendre plus d’espace que nécessaire dans l’échange avec l’autre, peut nous amener à réfléchir à notre place dans ces échanges sociaux, et à comprendre que notre discrétion, loin d’être un défaut à combattre, loin d’être un acte de soumission à l’autre, est au contraire un acte d’humilité et de pudeur, ce qui est d’une grande intelligence dans ce monde qui met au premier rang l’apparence et la parole, qui ne sont que des coquilles vides.

 

Etre introverti, c’est savoir apprécier à sa juste valeur la solitude, le calme, la discrétion.
Et lorsque l’on sait faire de sa discrétion une force : être introverti devient une manière d’être très appréciée. La discrétion est devenue une qualité rare, mais non moins appréciée et enviée par ceux qui ne savent pas la pratiquer.