Je suis hypersensible et introverti, c’est grave ?

Lorsque j’ai commencé à m’informer sur l’hypersensibilité, j’étais un peu dans le même état d’esprit que lorsque je lisais les premières pages de mon premier livre sur l’introversion : “ça a l’air intéressant, pourquoi pas, mais ce n’est pas pour moi”. J’étais à peu près persuadé de ne pas être hypersensible. Les émotions fortes ne faisaient pas partie de ma vie courante : je suis rationnel, et ne laisse pas ces émotions apparaître facilement. Pourtant, j’ai eu une petite révélation en lisant “Ces gens qui ont peur d’avoir peur – Mieux comprendre l’hypersensibilité” (Elaine Aron, Les éditions de l’Homme). En fait, je suis une personne introvertie et lorsque j’ai passé le test au début du livre, le résultat était sans ambigüité : je suis hypersensible aussi. Effectivement, les chances étaient assez fortes, puisqu’environ les deux tiers des introvertis sont aussi hypersensibles.

L’hypersensibilité, c’est quoi ?

Au premier abord, le terme est peu engageant et l’on préférerait ne pas être qualifié par ce mot barbare. Ce n’est jamais bon d’être “hyper” quelque chose. Mais il s’agit en fait surtout d’un problème de traduction : le terme original anglais, inventé par Elaine Aron, est “Highly sensitive person”. C’est-à-dire personne particulièrement sensible. Terme plus positif, vous en conviendrez.

Les grandes lignes de l’hypersensibilité

Lorsque l’on est hypersensible, on est tout simplement très sensible à de nombreuses choses.

On est plus capable de ressentir vivement des impressions que la plupart des gens. Les hypersensibles constitueraient environ 30% de la population. Donc, si on calcule : un tiers de la population serait introvertie, et deux tiers de ceux-ci hypersensibles.

Cependant, comme pour l’introversion, il conviendrait probablement mieux de parler de continuum : nous sommes tous plus ou moins sensibles.

Seulement, certaines personnes le sont plus particulièrement. Elles sont presque “anormalement réceptives”, ce sont nos hypersensibles.

L’hypersensibilité à fleur de peau

Lorsque je me suis demandé « je suis hypersensible ou pas ? », je n’avais pas l’impression d’avoir plus ce type de sensation que d’autres.

Alors pour savoir si vous êtes hypersensible, posez-vous les questions suivantes :

  • Pensez-vous être particulièrement sensible physiquement : réactivité aux odeurs, aux bruits, à la douleur, au café, à la faim ;
  • Êtes-vous particulièrement sensible à votre entourage : l’humeur des autres vous touche, vous n’aimez pas être pris par surprise ;
  • Êtes-vous particulièrement émotif : vous vous énervez facilement si le temps vous presse ou si l’on vous met sous pression, réagissez-vous particulièrement aux évènements sinistres, aux émotions dans les films, les belles choses vous émeuvent facilement ;
  • Etc.

Vous ne vous reconnaîtrez pas forcément dans toutes ces caractéristiques, mais si un certain nombre vous parlent, il est probable que vous soyez hypersensible.

Il faut bien réfléchir à ses réactions les plus authentiques, car parfois on est biaisé par l’image que l’on a de soi. Ou par une carapace que l’on a construite au cours de sa vie pour ne pas trop montrer cette sensibilité.

Car comme pour l’introversion, l’hypersensibilité n’est pas un comportement vraiment apprécié dans notre société. Et beaucoup d’hypersensibles se sont construit des murs protecteurs autour d’eux pour cacher ce qui est considéré comme un défaut.

J’étais par exemple persuadé d’être plutôt un dur et de ne pas avoir d’émotions bien fortes.

En fait, en creusant un peu je me suis rendu compte que ce n’était qu’une façade. Souvent, je suis un des rares de la salle de cinéma à fondre en larmes. Et je n’avais jamais pu m’expliquer cela. Je crois que je retiens tellement mes émotions au quotidien (mais de manière totalement inconsciente), que parfois ça explose lorsque je ne m’y attends pas. Bien-sûr, cela n’arrive que lorsque personne ne me regarde.

D’autres qualités sont attribuées aux hypersensibles

Parmi elles il y a :

  • le fait d’être consciencieux ;
  • de percevoir facilement les erreurs à éviter (une bonne intuition) ;
  • l’introspection ;
  • la perception des messages subtils de l’extérieur (odeurs subtiles, bruits subtils, mais aussi le non verbal dans une discussion, les émotions des autres, les conflits, les non-dits…) ;
  • Etc.

Alors en quoi l’hypersensibilité diffère-t-elle de l’introversion ?

Dans l’un de mes articles, je parlais du fait que les introvertis sont souvent beaucoup plus vite fatigués par les stimuli externes. À contrario, les extravertis ont tendance à en redemander.

Cette composante de la sensibilité aux stimulations est donc également importante chez les introvertis.

Mais, elle est généralement surtout en lien avec les “stimulations sociales”. En effet, c’est le contact avec les autres qui épuise les introvertis. Pas forcément le ressenti des odeurs ou des émotions fortes.

Étant donné que deux tiers des introvertis sont hypersensibles, on voit qu’il y a tout de même une grande corrélation.

Mais un tiers des hypersensibles ne sont pas introvertis. Ils peuvent donc être particulièrement à l’aise dans les contacts avec les autres, bien que très sensibles à de nombreuses autres choses.

Cependant, je pense qu’il est préférable de ne pas perdre trop d’énergie à essayer de comprendre la différence entre introversion et hypersensibilité.

Si vous vous reconnaissez dans l’hypersensibilité aussi bien que dans l’introversion, alors apprivoisez ces deux concepts. Et essayez d’en tirer parti dans votre vie pour améliorer votre bien-être.

Ce sont deux notions particulièrement intéressantes et complémentaires à travailler pour beaucoup d’introvertis.

La vie d’un hypersensible est-elle facile ou pas ?

Handicap ou avantage ?

Ils sont différents, trop émotifs, trop sensibles, incapables de voir les choses de manière positive à force de cogiter. Ils sont mélancoliques, ils voient tout de manière bien compliquée, et sont souvent réticents au changement…

Voilà ce que pensent une grande majorité de personnes quand on leur parle de personnes hypersensibles.

Cela peut s’avérer particulièrement difficile lorsque l’on voudrait faire d’eux des personnes plus endurcies pour les préparer à la « vraie » vie qui les attend. Que leur sensibilité est mal acceptée. D’ailleurs, les garçons sont en première ligne de ce type de mentalité.

Encore une fois, comme pour les introvertis, notre société occidentale n’est pas très tolérante envers la “sensibilité excessive”. Il est mieux vu d’être stable, de savoir maîtriser ses émotions, d’être à l’aise avec le changement, d’être un “dur à cuire”.

On a tendance alors à être exigeant avec soi-même et à refuser certains de nos traits de personnalité. C’est ainsi que nous construisons nous-même cette fameuse carapace qui fera de nous un vrai “homme”.

Pourtant, on pourrait voir la chose de manière différente. Je suis hypersensible signifie que je capte les messages subtils qui m’entourent, j’aime peut-être les arts, je suis créatif, j’ai une bonne intuition…

Les enfants hypersensibles : soyez patients et rassurants

Ils n’aiment pas le changement : les nouveaux goûts, les déménagements, le changement de baby-sitter, d’école, d’amis… Plus prudents et organisés, ils ont besoin de temps pour s’adapter aux nouvelles situations.

Ils réagiraient d’ailleurs souvent violemment et physiquement à leur anxiété : allergies, constipations, crises de sanglots inconsolables… Il n’est pas rare qu’ils développent des peurs plus importantes que les autres enfants, comme la peur du noir par exemple.

Ils ont besoin d’être particulièrement sécurisés, protégés, rassurés.

Mais comme pour tous les enfants, lorsqu’ils sont accompagnés par des parents patients et aimants, ils peuvent devenir des adultes tout à fait bien dans leur peau. Ils ont simplement des qualités un peu différentes de la majorité de la population.

Trop ou pas assez : un équilibre ténu.

Les hypersensibles sont facilement surstimulés. Face à ce problème, ces personnes adoptent souvent l’une des deux attitudes suivantes : ils en font trop ou pas assez.

S’ils en font trop, c’est pour essayer de se plier au rythme ambiant. Pour faire comme les autres. Plus précisément pour faire ce qu’ils pensent qu’il est bien de faire. Du coup : ils négligent peut-être leur corps, leur stress, au profit du “toujours plus” et “toujours mieux”.

Cette tendance à en faire trop peut avoir plusieurs raisons : cela peut être une forme de conformisme. Mais cela peut venir également du fait qu’ayant une intuition accrue, les hypersensibles projettent sans cesse de nouvelles idées ou de nouveaux plans. Et ils ont hâte de les mettre en œuvre en oubliant du coup de prendre soin d’eux.

Si vous en faites trop, gare au stress et à la fatigue ! Il faut apprendre à prendre soin de soi, ralentir le rythme, dormir suffisamment. Et faire des activités qui mettent votre cerveau hyperactif en pause pour quelque temps.

Ceux qui au contraire n’en font pas assez, craignent leur vulnérabilité aux stimulations extérieures. Ils peuvent avoir tendance à s’enfermer, à éviter les situations stressantes.

La recherche de cet équilibre entre le “trop” et le “pas assez” est une clé importante du bien-être pour la personne hypersensible.

L’importance de définir ses frontières

Vous l’aurez compris, les hypersensibles se laissent facilement envahir par les émotions, les envies voire les problèmes des autres. Ils peuvent également avoir tendance à faire trop confiance aux autres et à s’engager trop rapidement.

L’acceptation de soi passe par le fait de se reconnaître pleinement en se disant je suis hypersensible. En être conscient, et ne pas s’en vouloir outre mesure est le pas le plus important à effectuer pour être en accord avec ce trait de personnalité.

Ensuite, on peut construire ses propres frontières en apprenant à respecter ses propres envies et apprendre à les mettre en relation avec les situations. Apprendre à faire preuve d’empathie avec soi-même autant que ce que l’on ressent pour les autres. Voilà comment exprimer ses émotions si je fais partie des introvertis hypersensibles.

Je suis hypersensible et heureux

Le livre d’Elaine Aron est rempli de conseils pour bien vivre ses amitiés, son couple et pour s’épanouir au travail lorsque l’on est hypersensible. Toutes ses analyses sont passionnantes et si vous êtes dans ce cas, ou que vous vivez avec un hypersensible, je vous conseille vivement de le lire. Il complètera à merveille vos connaissances déjà apprises sur l’introversion.

Je ne peux pas résumer ici tous les conseils que donne l’auteur dans son livre pour vivre heureux lorsque l’on est hypersensible. Mais il y a une chose qui m’a particulièrement marqué et qui est la trame de fond de son livre : il s’agit de l’importance pour ces ultras réceptifs de vivre dans la plénitude de leur passion.

L’hypersensibilité s’applique à merveille aux introvertis

En général, les introvertis et les hypersensibles n’adorent pas le stress, ni les journées entières à combattre dans des réunions et des open-spaces pour des causes qui ne sont pas les leurs. Ils ne se plongent pas dans l’hyperstimulation juste pour le plaisir, contrairement à d’autres types de personnalités.

En partant de ce constat, il peut être particulièrement difficile pour un hypersensible ou un introverti de vivre dans un travail “classique”, employé dans une entreprise, pour lequel il n’a pas une passion débordante.

Elaine Aron avance également l’hypothèse que « beaucoup d’hypersensibles continuent des années dans des professions qui ne les intéressent qu’à moitié. La raison étant qu’ils n’ont pas assez confiance en eux et en leurs passions pour changer et faire ce qu’ils aiment. Ils ne sont pas assez conscients de leur valeur, de leurs qualités, et n’ont pas conscience que ces qualités pourraient être utiles aux autres, à la société ».

C’est dommage parce que cette prise de conscience leur permettrait de comprendre que cette particularité peut être un réel atout et pourquoi pas de vendre leur savoir-faire.

Ce thème revenait d’ailleurs également à propos des introvertis, dans le livre de Susan Cain « La force des discrets« .

Les hypersensibles introvertis sont d’excellents conseils

En effet, ils seraient plutôt des “conseillers” que des “guerriers”. Ils ne sont pas à l’aise dans le rôle de l’attaquant, que l’on retrouve par exemple dans les métiers de commerciaux ou de la vente.

Ils seraient plus aptes à pratiquer des métiers de conseil (enseignants, psychothérapeutes, avocats, etc.), dans lesquels ils peuvent faire appel à toute leur subtilité et leur capacité d’analyse. Les hypersensibles utilisent leurs ressentis pour percevoir les problèmes des autres. Ils aiment donc pratiquer des métiers dans lesquels ils sont utiles aux autres.

Mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est l’importance d’écouter sa voix intérieure, et d’oublier le “qu’en dira-t-on” et le “il serait bien de”. Ne plus faire les choses simplement pour plaire aux autres, mais bien pour soi.

C’est probablement vrai pour la plupart des gens, mais tout particulièrement pour les introvertis et les hypersensibles qui ont une forte tendance à négliger leurs propres envies. D’autant plus lorsqu’ils se laisser influencer soit par les autres, soit par l’image qu’ils se sont construite eux-mêmes de ce qui est bien et ce qui est mal.

L’important est de s’écouter pour trouver sa passion, sa vocation. Puis de se lancer corps et âme dans l’aventure, quitte à rencontrer un échec, que ce soit au niveau professionnel ou personnel. Parce que cet échec sera toujours accompagné de la satisfaction d’avoir vécu pendant un certain temps pour ce que l’on aime. À l’inverse, préférer la sécurité et la morosité du connu est la garantie de passer à côté de ses rêves et surtout à côté de soi.