Introvertis et hypersensibles : même combat ?

Lorsque j’ai commencé ce livre sur les hypersensibles, j’étais un peu dans le même état d’esprit que lorsque je lisais les premières pages de mon premier livre sur l’introversion : “ça a l’air intéressant, pourquoi pas, mais ce n’est pas pour moi”. J’étais à peu près persuadé de ne pas être hypersensible. Les émotions fortes ne faisaient pas partie de ma vie courante : je suis rationnel, et ne laisse pas ces émotions apparaître facilement.

Et de la même manière que j’ai eu une révélation en lisant mon premier livre sur l’introversion, j’ai eu une petite révélation en lisant ce livre sur l’hypersensibilité : “Ces gens qui ont peur d’avoir peur – Mieux comprendre l’hypersensibilité” (Elaine Aron, Les éditions de l’Homme)

En fait, lorsque j’ai passé le test au début du livre, le résultat était sans ambigüité : je suis nettement hypersensible.

En fait, les chances étaient assez fortes, puisqu’il parait que les deux tiers environ des introvertis sont aussi hypersensibles.

Lisez l’article, faites des tests éventuellement, vous serez peut-être surpris d’être vous aussi hypersensible.

L’hypersensibilité, c’est quoi ?

personne-hypersensibleAu premier abord, le terme est peu engageant, et l’on préférerait ne pas être qualifié de ce mot barbare. Ce n’est jamais bon d’être “hyper” quelque chose. Mais il s’agit en fait surtout d’un problème de traduction… le terme original en anglais, inventé par Elaine Aron, est “Highly sensitive person” – personne particulièrement sensible. Terme plus positif, vous en conviendrez.

 

Lorsque l’on est hypersensible, on est tout simplement très sensible à de nombreuses choses.

On est plus sensible que la plupart des gens. Les hypersensibles constitueraient environ 20% de la population (si vous faites vos calculs : un tiers de la population serait introvertie, et deux tiers de ceux-ci hypersensibles, donc nous avons bien notre compte).
Cependant, comme pour l’introversion, il conviendrait probablement mieux de parler de continuum : nous sommes tous plus ou moins sensibles, certaines personnes le sont particulièrement, elles sont presque’ “anormalement sensibles”, ce sont nos hypersensibles.

Pour savoir si vous êtes hypersensible, réfléchissez aux questions suivantes :

  • Pensez-vous être particulièrement sensible physiquement : sensibilité aux odeurs, aux bruits, à la douleur, au café, à la faim…
  • Etes-vous particulièrement sensible à votre entourage : l’humeur des autres vous touche, vous n’aimez pas le fait d’être pris par surprise…
  • Etes-vous particulièrement émotif : vous vous énervez facilement si le temps vous presse ou si l’on vous met sous pression, particulièrement sensible aux évènements sinistres, aux émotions dans les films, les belles choses vous émeuvent facilement…

Vous ne vous reconnaissez pas forcément dans toutes ces caractéristiques, mais si vous vous reconnaissez dans un certain nombre, il est probable que vous soyez hypersensible.
Il faut bien réfléchir à ses réactions les plus authentiques, car parfois on est biaisé par une image que l’on a de soi, ou une carapace que l’on a pu se mettre au cours de sa vie pour ne pas montrer trop cette sensibilité.

Car comme pour l’introversion, le fait d’être particulièrement sensible n’est pas un comportement particulièrement apprécié dans notre société, et beaucoup d’hypersensibles se sont construit des murs protecteurs autour d’eux pour cacher leur hypersensibilité.

J’étais par exemple persuadé d’être plutôt un dur, et de ne pas avoir d’émotions bien fortes. En fait, en creusant un peu je me suis rendu compte que ce n’était qu’une façade que je m’étais construite. Souvent, je suis un des rares de la salle de cinéma à fondre en larmes. Et je n’avais jamais pu m’expliquer cela. Je crois que je retiens tellement mes émotions au quotidien (mais de manière totalement inconsciente), que parfois ça explose lorsque je ne m’y attends pas. Bien-sûr, cela n’arrive que lorsque personne ne me regarde.

D’autres qualités sont attribuées aux hypersensibles :

Le fait d’être consciencieux, de percevoir facilement les erreurs à éviter (une bonne intuition), introspectifs, nous percevons bien les messages subtils de l’extérieur (odeurs subtiles, bruits subtiles, mais aussi le non verbal dans une discussion, les émotions des autres, les conflits non dits…).

En quoi l’hypersensibilité diffère-t-elle de l’introversion ?

Vous vous souvenez peut-être de cet article, où je parlais du fait que les introvertis sont souvent beaucoup plus vite fatigués par les stimuli externes que les extravertis, qui ont tendance à en redemander.
Cette composante de la sensibilité aux stimulations est donc également importante chez les introvertis : mais elle est généralement surtout en lien avec les “stimulations sociales” – c’est le contact avec les autres qui épuise, chez les introvertis. Pas forcément le contact avec des odeurs fortes ou des émotions fortes.

Etant donné que deux tiers des introvertis sont hypersensibles, on voit qu’il y a tout de même une forte corrélation.

Mais un tiers des hypersensibles ne sont pas introvertis, et peuvent donc être particulièrement à l’aise dans les contacts avec les autres, bien que très sensibles à de nombreuses autres choses.

Cependant, je pense qu’il est préférable de ne pas perdre trop d’énergie à essayer de comprendre la différence entre introversion et hypersensibilité. Si vous vous reconnaissez dans l’hypersensibilité aussi bien que dans l’introversion, alors apprivoisez les deux concepts et essayez d’en tirer parti dans votre vie pour améliorer votre bien-être. Ce sont deux concepts particulièrement intéressants, et complémentaires pour beaucoup d’introvertis.

Pas facile, la vie d’un(e) hypersensible !?

Des personnes différentes : handicape ou avantage ?

Ils sont différents. Trop émotifs, trop sensibles, incapables de voir les choses de manière positive à force de cogiter, mélancoliques, ils voient tout de manière bien compliquée, souvent réticents au changement… Voilà une manière de voir.

Cela peut s’avérer particulièrement difficile lorsque l’on voudrait faire d’eux des personnes “dures”, préparées à la dure vie qui les attend. Que leur sensibilité est mal acceptée. Les garçons sont en première ligne.

Encore une fois, comme pour les introvertis, notre société occidentale n’est pas très tolérante envers la “sensibilité excessive”. Il est mieux vu d’être stable, de savoir maitriser ses émotions, d’être à l’aise avec le changement, d’être un “dur à cuire”.

On a tendance alors à être dur avec soi-même, et à refuser soi-même certains de nos tempéraments. A construire de nous-même cette fameuse carapace qui fera de nous un vrai “dur à cuire”.

Pourtant, on pourrait voir la chose de manière différente : vous captez les messages subtiles qui vous entourent, vous aimez peut-être les arts, êtes créatif, avez une bonne intuition…

Les enfants hypersensibles : soyez patients et rassurants

enfant hypersensibleIls n’aiment pas le changement, les nouveaux gouts, les déménagements, le changement de baby-sitter, d’école, d’amis… Plus prudents, organisés, ils ont besoin de temps pour s’adapter aux nouvelles situations.

Ils réagiraient d’ailleurs souvent violemment et physiquement à leur anxiété : allergies, constipations, crises de sanglots inconsolables… Il n’est pas rare qu’ils développent des peurs plus importantes que chez les autres enfants (peur du noir par exemple).

Ils ont besoin d’être particulièrement sécurisés, protégés, rassurés.

Mais comme pour tous les enfants, lorsqu’ils accompagnés par des parents patients et aimants, ils peuvent devenir des adultes tout à fait bien dans leur peau, avec simplement des qualités un peu différentes de la majorité de la population.

Trop ou pas assez : un équilibre ténu.

Les hypersensibles sont facilement sur-stimulés. Bien plus que la plupart des gens. Face à ce problème, les hypersensibles adoptent souvent l’une des deux attitudes suivantes : ils en font trop, ou pas assez.

Ils peuvent en faire trop, pour essayer de se plier au rythme ambiant. Pour faire comme les autres. Pour faire ce qu’ils pensent qu’il est bien de faire. Du coup : vous négligez peut-être votre corps, votre stress, au profit du “toujours plus” et “toujours mieux”.
Cette tendance à en faire trop peut avoir plusieurs raisons : cela peut être une forme de conformisme, comme dit précédemment, mais cela peut venir également du fait qu’ayant une intuition accrue, vous projetez sans cesse de nouvelles idées, de nouveaux plans, que vous avez hâte de mettre en œuvre, et négligez du coup vos capacités physiques.
Si vous en faites trop, gare au stress et à la fatigue ! Il faut apprendre à prendre soin de soi, ralentir le rythme, dormir, et faire des activités qui mettent notre cerveau hyperactif en pause pour quelques temps.

Ou au contraire, ils n’en font pas assez.
Par crainte de leur vulnérabilité aux stimulations extérieures, ils peuvent avoir tendance à s’enfermer, à éviter les situations stressantes.

La recherche de cet équilibre entre le “trop” et le “pas assez” est une clé importante du bien-être pour les hypersensibles.

De l’importance de définir ses frontières

Les hypersensibles ont tendance à se laisser envahir par les autres : sensibles aux émotions des autres, aux envies des autres, aux problèmes des autres… ils peuvent également avoir tendance à faire trop confiance aux autres et à s’engager trop rapidement.

Un pas important dans l’acceptation de soi est de reconnaître ce fait. En être conscient, et ne pas s’en vouloir outre mesure.

Ensuite, on peut construire ses propres frontières en apprenant à respecter ses propres envies, et apprendre à les mettre en relation avec les situations. Apprendre à mettre ses propres envies au moins autant en valeur que celles des autres. D’ailleurs cela me rappelle l’article que j’ai écrit récemment : Que ressortent vos envies introverties oubliées. Sans m’en rendre compte, je parlais peut-être dans cet article d’un sujet qui touche fréquemment les hypersensibles.

 

Trouver sa vocation pour vivre heureux

Le livre d’Elaine Aron est rempli de conseils pour bien vivre ses amitiés, son couple, et pour s’épanouir au travail, lorsque l’on est hypersensible. Toutes ses analyses sont passionnantes, et si vous êtes hypersensible ou que vous vivez avec un hypersensible, je vous conseille vivement la lecture de ce livre, qui complètera à merveille vos connaissances déjà apprises sur l’introversion.

Je ne peux pas ici résumer tous les conseils qu’Elaine Aron donne dans son livre pour vivre heureux lorsque l’on est hypersensible. Mais il y a une chose qui m’a particulièrement marqué, et qui reste en trame de fond d’une bonne partie de son livre : l’importance pour les hypersensibles de vivre dans la plénitude de leur passion.

Et je pense que c’est quelque chose qui s’applique à merveille aux introvertis également.

En général, les introvertis et les hypersensibles n’adorent pas le stress, les journées entières à combattre dans des réunions et des open-space pour de causes qui ne sont pas les leur. Ils ne se plongent pas dans l’hyperstimulation juste pour le plaisir, contrairement à d’autres types de personnalités.

En partant de cette constatation, il peut être particulièrement difficile pour un hypersensible ou un introverti de vivre dans un travail “classique”, employé dans une entreprise, pour lequel il n’a pas une passion débordante.

Elaine Aron avance également l’hypothèse que beaucoup d’hypersensibles continuent des années dans des professions qui ne les intéressent qu’à moitié, pour la raison qu’ils n’ont pas assez confiance en eux et en leurs passions pour changer et faire ce qu’ils aiment. Ils ne sont pas assez conscients de leur valeur, de leurs qualités, et n’ont pas conscience que ces qualités pourraient être utiles aux autres, à la société. Qu’ils pourraient vendre leur savoir faire. Que leur particularité peut être un réel atout.

C’est un thème qui revenait d’ailleurs également à propos des introvertis, dans le livre de Susan Cain, La force des discrets (retrouvez la chronique complète de La force des discrets sur le blog “Des livres pour changer de vie”).

Dans les grandes lignes : les introvertis et les hypersensibles seraient plutôt des “conseillers” que des “guerriers”. Ils ne sont pas à l’aise dans le rôle de l’attaquant, que l’on retrouve par exemple dans les métiers de commerciaux, de vente.
Ils seraient plus aptes à pratiquer des métiers de conseil (enseignants, psychothérapeutes, avocats, etc.), dans lesquels ils peuvent faire appel à toute leur subtilité et leur capacité d’analyse. Les hypersensibles sont souvent très sensibles aux problèmes des autres, et aiment pratiquer des métiers dans lesquels ils servent les autres.

Mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est l’importance d’écouter sa voix intérieure, et d’oublier le “qu’en dira-t-on” et le “il serait bien de”. Ne plus faire les choses simplement pour plaire aux autres, mais bien pour soi.
C’est probablement vrai pour la plupart des gens, mais tout particulièrement pour les introvertis et les hypersensibles qui ont une forte tendance à négliger leurs propres envies, et se laisser influencer. Ils se laissent influencer soit par les autres, soit par une image qu’ils se sont construite eux-même de ce qui est bien et ce qui est mal.

S’écouter, trouver sa passion, trouver sa vocation, et se lancer corps et âme dans l’aventure, quitte à rencontrer un échec. Que ce soit une aventure professionnelle ou personnelle.
L’échec sera toujours accompagné de la satisfaction d’avoir vécu pendant un certain temps pour ce que l’on aime. Tandis que préférer la sécurité du connu et du morose est la garantie de passer à côté de ses rêves.

Et vous, êtes-vous particulièrement sensible ? Comment le vivez-vous, et que vous inspire la lecture de cet article ?

Comme d’habitude, j’attends avec plaisir vos commentaires, et si l’article vous a plu, merci de me le faire savoir en le partageant sur vos réseaux sociaux !

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Organisée par Fabien Monjo, coach pour hypersensibles

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Quelques ressources pour aller plus loin :

Crédits photos : lauren rushing, lucia Whittaker, Flickr