Faut-il prendre en compte son tempérament dans ses choix de vie ?

Remarque : cet article a été écrit par Charlotte De Garavan, psychologue, psychothérapeute et auteur de romans (Ultime séance, Confessions d’un psy, Virtual Love, Venise… et après ?), et bien-sûr lectrice du blog Un monde pour les introvertis ! Retrouvez l’univers de Charlotte sur son site : http://www.charlottedegaravan.com/

Après m’être intéressée au blog de Julien Prest, créateur du blog https://unmondepourlesintrovertis.fr/, nous avons, d’un commun accord décidé d’un article portant sur l’introversion à partir de mon point de vue de psychologue et d’auteur, puisque j’exerce ces deux activités.

J’avais lu récemment son article sur le lien entre l’introversion et les professions et cela m’a incitée à m’exprimer sur ce sujet. Evidemment, à la question ‘Psychologue, écrivain… sont-il des métiers de prédilection pour les introvertis ?’ j’ai tendance à répondre par l’affirmative. L’un privilégiant la relation à deux, l’autre, ne nécessitant rien d’autre que la présence d’un ordinateur.

Si je me suis intéressée au blog de Julien, c’est après m’être découverte ‘introvertie’ sur le Net, à travers différents articles sur le sujet.

A priori, je ne pensais pas être introvertie, car je suis d’une nature ouverte, je rentre facilement en contact avec les gens et je peux même être très bavarde par moment… comme quoi ! Comment alors puis-je être introvertie ?

Crédit photo : Simon, Flickr

J’ai découvert, au fil du temps, que les gens m’épuisaient, que je ne pouvais supporter leur présence sur une trop longue durée, que j’avais du mal à fonctionner en groupe (il faut dire que je suis enfant unique, ça n’aide pas !), bref, que je manquais d’endurance dans les relations humaines. Par ailleurs, j’ai un énorme besoin de solitude. En tant que psychologue, des questions me sont venues… Est-ce pathologique ? Serais-je atteinte d’un trouble psychologique ? Après avoir lu des articles sur l’introversion, j’ai fini par passer des tests et là, aucun doute, j’étais tout simplement une introvertie qui s’ignorait.

Vous allez me dire, mais pourquoi avoir choisi d’être psychologue, si la relation humaine me fatigue autant ? Ce n’était sans doute pas un choix judicieux…

C’est possible, mais voilà… on choisit un métier, en fonction de certains critères, parfois cela peut être un choix par défaut. Les raisons sont multiples qui font que tant de gens vont exercer un métier qui ne leur corresponde pas forcément. C’est pourquoi je voudrais revenir sur la question de l’adéquation entre un métier et un tempérament, car cela me semble essentiel à l’épanouissement d’une personne. On passe en général plus de temps à son travail qu’en compagnie de son conjoint, d’où l’importance de choisir le ‘bon’ métier pour soi.

En tant que psychologue… il me parait important de pouvoir exercer un métier en fonction de son tempérament.

La question de l’introversion se rapporte au tempérament d’une personne et il convient que celui-ci puisse être en adéquation avec le métier exercé. Autrement dit que la profession soit la plus adaptée à son tempérament. Or, il arrive que l’on aille à l’encontre de notre personnalité propre. C’est souvent ce que l’on fait lorsque l’on est jeune, en s’essayant à des activités qui ne nous correspondent pas, soit parce que l’on veut se prouver des choses à soi-même, soit parce que l’on est porté vers un métier socialement valorisant ou qui réponde à des choix parentaux. On finit alors par s’adapter, quitte à s’épuiser dans un travail réduisant notre énergie à zéro.

Si l’on observait bien les situations de ‘burn out’, on se rendrait sans doute compte que de nombreuses personnes ne sont tout simplement pas adaptées à leur poste de travail.

L’introversion… une question d’énergie…

J’ai lu sur le blog de Julien que l’introverti possède un cerveau qui consomme beaucoup d’énergie. Si l’on part de ce présupposé, on peut affirmer que l’introverti a donc plutôt intérêt à faire l’économie de son énergie s’il ne veut pas épuiser son stock rapidement. Ce qui revient à dire qu’il convient pour lui de limiter les relations humaines dans sa profession, celles-ci étant grandes consommatrices d’énergie. J’ai tendance à penser qu’un introverti devrait fuir les métiers de commerciaux, d’enseignants etc.… Je me souviens, à ce propos, d’un ami médecin (introverti) qui me disait regretter de ne pas avoir choisi le métier d’informaticien, car il n’était jamais autant heureux que devant son ordinateur, alors qu’il rechignait à rencontrer ses patients. Rien d’étonnant quand on sait sur quels critères sont choisis, sur concours, les futurs médecins !

Même si l’introverti peut éprouver du plaisir dans les relations aux autres, celles-ci doivent s’exercer sur un temps relativement limité, or dans le cadre professionnel, il est impossible de limiter ce temps sauf à pouvoir se suffire de deux heures de travail journalier. Si vous êtes introverti, mieux vaut garder le temps imparti aux relations humaines pour les loisirs qui seront plus faciles à gérer dans la durée. On peut toujours écourter une soirée chez des amis, en revanche, on ne peut pas forcément raccourcir son temps de travail.

A propos du choix professionnel, je trouve dommage que l’orientation d’un jeune se fasse essentiellement sur ses aptitudes scolaires et non pas en fonction de son tempérament. Ce sont justement ces mauvaises orientations qui sont à la source de frustrations professionnelles et de nombreuses reconversions. Pour reprendre le cas des médecins, si l’on déplore souvent leur froideur et leur manque de communication, il convient de rappeler que ces derniers sont sélectionnés sur des aptitudes à l’abstraction (mathématiques…) qui sont le propre d’un esprit analytique que l’on trouvera plus chez des personnes à tendance introverties et donc peu portées au ‘bavardage’.

Pour les psychologues, selon que l’on est introverti ou extraverti, le choix du cadre professionnel se fera différemment. Le psychologue introverti optera pour une pratique libérale qui privilégie la relation à deux, tandis qu’un psychologue extraverti pourra s’épanouir en travaillant en entreprise ou à l’hôpital, où il entrera en interaction avec une équipe et participera à des réunions. Après plusieurs expériences à l’hôpital ou en milieu associatif, j’ai, pour ma part, fait le choix d’une activité libérale dans laquelle je me sens plus à l’aise.

Ecrivain… un métier pour introverti ?

Alors que je ne m’épanouissais pas totalement dans mon travail, je me suis rendue compte que j’éprouvais du plaisir à écrire. En parallèle de l’écriture de romans, j’ai créé un premier blog, puis encore un autre, littéraire cette fois. J’ai compris que l’écriture correspondait mieux à ce que je suis intrinsèquement, même si je n’ai pas renoncé à mon premier métier qui me permet de ne pas m’isoler complètement.

Ecrire est bien plus adapté du point de vue de cette question d’énergie évoquée plus haut. Lorsque je pratique des thérapies dans mon cabinet, je ressens assez vite l’épuisement de mes ressources énergétiques, alors qu’en écrivant, les heures s’écoulent sans fatigue face à l’écran. Les écrivains seraient-ils tous des introvertis ? J’aurais tendance à penser que oui pour une majorité, car le travail d’écriture expose à la solitude. On est seul devant sa page. Ce qui pousse à écrire, c’est aussi de ne pas pouvoir s’exprimer facilement autrement que par les mots posés sur le papier. A l’écrit, on n’a pas sa parole coupée, on peut déployer sa pensée à l’infini. Les romanciers à succès ont, quant à eux, un travail de promotion à assurer pour leur livre les obligeant à participer à des émissions télévisées ou des salons du livre et j’imagine que pour certains cela doit leur demander des efforts considérables.

Introverti… question de sensibilité

J’ai tendance à penser que les introvertis sont plus sensibles, quand bien même ils ne l’expriment pas. C’est peut-être cette sensibilité qui se montre épuisante et tend à rendre les rapports aux autres plus éprouvants. Là où l’extraverti développe des relations nombreuses mais plus superficielles, l’introverti fait preuve de plus d’engagement et du coup est plus vulnérable aux autres. Par plus de sensibilité, j’entends plus de réceptivité. L’introverti prenant plus à son compte ce qui vient de l’extérieur, il devient alors plus perméable. S’il se trouve en présence de plusieurs personnes, il peut facilement se trouver ‘envahi’ par toutes ces sollicitations auxquelles il ne pourra répondre comme il voudrait.

Lorsqu’on est introverti, on a tendance à privilégier des amitiés profondes avec des personnes sur lesquelles on peut compter et avec lesquelles on développera des liens sur la durée. A voir le nombre d’amis sur la page Facebook de quelqu’un, on pourrait facilement déceler son degré d’introversion ou d’extraversion. Cela dépend toutefois des générations…

En effet, la jeunesse pousse à l’extraversion, en apparence… je dis bien en apparence. Le jeune a besoin de s’identifier à ce qui le valorisera afin de s’intégrer au groupe et va donc privilégier un comportement ‘extraverti’. Il suffit, pour le vérifier, de constater la montée en puissance des selfies où l’expressivité est à son paroxysme ou encore les vidéos sur Youtube où la mise en scène est digne d’une performance d’acteur. Un jeune de vingt ans peut donc parfaitement exhiber 800 amis sur Facebook tout en étant introverti. C’est juste une façon pour lui de soigner son image sociale qui ne représente en rien son moi profond. Un jeune, en pleine construction psychique est sensible à l’image qu’il produit et après avoir intégré les codes sociaux, il sait qu’il a intérêt à se montrer selon ce que les autres attendent de lui, ce qui peut être étranger à sa véritable personnalité. D’où aussi le risque de se trouver écartelé et de ne plus savoir qui l’on est.

L’introverti dans son couple …

Alors que les couples composés d’un introverti et d’un extraverti sont légion, c’est aussi sur la base de leurs différences qu’ils en viennent parfois à consulter un thérapeute. On est plutôt attiré par ce qui est contraire à soi, il est donc facile d’imaginer l’attraction que peut représenter le côté extraverti pour un introverti et inversement. La magie de l’amour étant de nous rendre ‘momentanément aveugle’ (via les endorphines produites par notre cerveau), on ne verra alors que le bénéfice à être en présence de son opposé. Mais le temps passant, les tempéraments contraires peuvent finir par entrer en contradiction et se reprocher ce qui les aura attirés dans un premier temps. C’est ainsi que l’on entendra, lors d’une thérapie, un partenaire ‘extraverti’ se plaindre de ne pas sortir assez, de vivre en vase clos, alors que l’autre partenaire ‘introverti’ se trouvera très heureux au fond de son cocon douillet.

Le rôle du thérapeute est alors de faire comprendre à l’un comme à l’autre qu’il convient de trouver un juste équilibre dans la manière de vivre, afin que l’un ou l’autre ne se sente pas en état de frustration. Quant au couple formé par deux introvertis, il peut, à terme, se retrouver replié sur lui-même avec le risque d’implosion. Le thérapeute est là pour expliquer que dans un couple l’air doit circuler, et qu’à vivre l’un sur l’autre, la relation risque de manquer d’oxygène. Il est important d’aller chercher de la nourriture à l’extérieur afin d’alimenter la relation. Il va sans dire que le secret des couples qui durent tient à un juste équilibre.

Parfois, des couples travaillent ensemble et la personnalité de l’un complète celle de l’autre sur le plan professionnel.

En conclusion …

Il est important de bien se connaître afin de trouver aussi bien le métier correspondant le plus à notre tempérament, que le partenaire convenant le plus à notre personnalité. C’est souvent sur le long terme que l’on prend conscience de ce qui nous est le plus adapté. En effet, sur un temps court, on peut toujours tricher avec soi-même et faire un choix qui semble à première vue séduisant. C’est la longueur de la route qui nous démontrera que l’on s’est trompé ou pas.

Je vais prendre l’exemple des chaussures : si vous êtes une femme et que vous mettez des chaussures à talons hauts, il se peut que vous les trouviez séduisantes à première vue, mais aussi qu’elles vous fassent mal aux pieds lorsque vous marchez longtemps. Eh bien, c’est tout simplement parce que ces chaussures ne vous sont pas adaptées. Vous pourrez les porter occasionnellement, le temps d’un dîner, mais vous ne pourrez certainement pas les mettre tout au long d’une journée de travail. C’est sans doute pourquoi l’on dit qu’il faut trouver chaussure à son pied. Il en va ainsi pour le travail et un partenaire de vie… Il est nécessaire de se connaître, d’avoir une perception de ses limites, de ses besoins afin de les satisfaire à travers les choix effectués. Le bien être ressenti nous informe que nous sommes à la bonne place et en présence des bonnes personnes.

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