Faut-il jouer un role lorsque l’on est introverti ?

Je reçois de plus en plus de commentaires et questions à ce sujet : faut-il jouer un rôle lorsque l’on est introverti ?
Aujourd’hui, dans cet article, je n’ai pas de conseils. Plutôt des questions, avec des débuts de réponses non abouties. Je vous fais part de mes incertitudes, mes déboires avec moi-même, et les pistes un peu contradictoires que je suis, pour essayer d’arriver finalement à un équilibre raisonnable.

Pour tout vous dire, la question de savoir s’il faut jouer un rôle ou pas est une grande question, à laquelle ma réponse tangue parfois à droite, parfois à gauche, parfois vers le “oui”, parfois vers le “non”, parfois vers le “je ne sais pas”. En fonction des jours, des humeurs, des lectures et des expériences que je fais.

Qu’est-ce que jouer un rôle pour un introverti ?

J’appelle jouer un rôle toutes les situations où l’on sort de sa zone de confort pour entrer dans un rôle qui ne nous correspond pas entièrement. Ces situations sont généralement voulues, nous nous y plongeons volontairement :

  • inviter des personnes à séjourner chez soi (et les avoir en permanence sur le dos)
  • participer à des rencontres professionnelles (où il faut parler de soi, entretenir des conversations, rester attentif, etc)
  • participer à une formation (où il faut généralement se présenter devant les autres, improviser, participer à des jeux de rôles)
  • lors d’une réunion d’équipe, ou d’une soirée avec des amis : parler, poser des questions, être enthousiaste et drôle, et sûr de soi malgré le nombre de personnes qui nous entourent

Pourquoi cette question est-elle si importante ? Et pourquoi il est tellement difficile d’y répondre ?

Lorsque l’on découvre que l’on est introverti, et que l’on essaie enfin de vivre sa vie en respectant son caractère introverti, la tentation est grande de n’en faire qu’à sa tête et de vouloir être totalement soi-même :

  • ne pas sortir lorsque l’on n’en a pas envie,
  • ne pas parler si l’on préfère rester silencieux, même si tous autour de nous attendent quelques mots de notre part
  • ne pas s’exposer dans sa profession,
  • rester dans son coin et économiser son énergie.

Mais à force de rester dans son coin, l’on finit par saturer, même lorsque l’on est introverti ! Le danger est grand alors d’exploser dans le sens inverse : une envie folle de voir des gens et de sortir. C’est ce qui m’arrive souvent : je prévois alors trop d’activités durant un laps de temps relativement court, qui finissent pas m’épuiser. Je me replie donc ensuite de nouveau dans mon coin. C’est le cercle vicieux.
Cela a été le cas pour moi cet été : après un printemps relativement solitaire, très introverti, j’ai accepté quatre visites chez moi de quatre à cinq jours chacune, en l’espace de trois mois. C’était trop. Maintenant, je n’ai qu’une envie : rester caché chez moi pendant des semaines, et jouer de nouveau le rôle d’introverti qui est le mien.

Lorsque l’on est introverti, il faut sortir de ce cercle vicieux, et trouver le bon équilibre.

 

Mais comment trouver le bon équilibre, au milieu de forces si contradictoires ?

Il y a des forces intérieures, qui nous poussent parfois à se replier en soi-même, et parfois à sortir de sa carapace. Il y a des forces extérieures, qui parfois sont propices à notre épanouissement (environnement professionnel peu stressant, possibilité de travailler seul et ne s’exposer que lorsqu’on le souhaite), et parfois écrasantes (vie en open space bruyants, etc).

Lorsque l’on découvre que l’on est introverti, il y a d’abord les moments de révolte, où l’on souhaiterait être accepté comme l’on est, enfin ! Après tant d’années… Faire une révolution !
Dire à tous les extravertis de se taire, de poser des questions pertinentes, et d’écouter les introvertis ! Dire à tous les managers de savoir reconnaître le travail bien fait de leur subordonné introverti, et d’arrêter de leur reprocher de ne pas savoir le présenter en étant drôle et enthousiaste ! Dire à tous les amis qu’ils devraient considérer de vous inviter parfois en tête à tête, au lieu de systématiquement organiser des soirées bruyantes où l’on vient malgré nous pour ne pas se retrouver sur la touche.

Puis il y a les moments de pragmatisme : « il faut bien que j’avance sur mes projets, dans ma vie, et pour cela je suis obligé de jouer un rôle”. C’est le seul moyen d’obtenir ma promotion.

Et enfin les moments de grande incertitude. Que faire ?
On ne change pas une société du jour au lendemain, donc il vaut mieux considérer que dans un avenir proche les autres autour de nous ne changeront pas de comportement. Cela viendra sans doute, à force d’efforts et de communication, mais cela va prendre du temps.
Pourtant il faut bien essayer d’être heureux, ici et tout de suite. Gagner de l’argent grâce à une profession si possible intéressante, avoir des amis, etc. Et pour tout cela, il faut de temps en temps savoir se montrer, sortir de son petit chez soi et aller crier aux autres que l’on existe et que l’on a des qualités qu’ils devraient considérer.

 

CONCLUSION : cet article n’est pas destiné à donner des réponses… mais à les poser ! Alors n’hésitez pas à apporter ci-dessous vos propres réponses, vos témoignages, vos idées, que vous soyez introverti ou extraverti d’ailleurs. 
Je pense qu’il n’y a pas de réponse unique aux questions de cet article. C’est à chacun de trouver sa voie, faire son travail d’introspection, et trouver son propre équilibre entre ses moments introverti et extraverti. Dans ce blog, au cours des mois prochains, je m’efforcerai petit à petit d’apporter des éléments de réponse, grâce à des témoignages, des entretiens avec des experts du sujet, de nouvelles lectures, et mes expériences personnelles.

Crédits photo : sixpackshack – Flickr