La différence entre l’introversion et la timidité

Dans l’article précédant nous avons vu la différence entre introversion et extraversion. Voyons maintenant la différence entre introversion et timidité. Car l’amalgame est bien trop souvent fait. Et malheureusement les introvertis en souffrent.
Mais d’abord, une petite histoire pour commencer…

 

L’histoire d’un timide… ou d’un introverti ?

Nous sommes à Paris, dans un quartier de la périphérie. Un groupe d’adolescents sort du collège, et avance lentement sur le trottoir. Il sont une dizaine. Ils parlent fort, se bousculent, et rient à gorge déployée. Ils se moquent les uns des autres, et se renvoient la balle à coups de « toi-même » joyeux.
Quelque part au milieu de groupe, il y a cependant un garçon qui se comporte différemment. C’est Max. Il n’est pas totalement au centre du groupe, mais pas tout à fait sur le côté non plus. Non, il est placé de manière à faire partie du groupe sans être trop remarqué. Son corps paraît figé, gauche, par rapport aux autres du groupe. Il jette sans arrêt des regards furtifs aux plus actifs du groupe, avec un petit sourire gêné. Ce sourire, il aurait aimé sans doute qu’il soit authentique ; il aurait aimé faire partie de la rigolade. Mais le fait est qu’il n’y arrive pas vraiment, le sourire est forcé. Il se sent mal. Il aimerait tant être comme les autres ! Il se sent anormal. Pourquoi ne peut-il pas participer à cette profusion d’émotions et de bonheurs éphémères ?

Parfois, quand on lui laisse la parole, Max la prend sans trop de mal. D’ailleurs, la veille il était dans un groupe de cinq personnes qui discutaient de politique calmement. Il ne connaissait que deux des cinq personnes, pourtant il n’avait eu aucun mal à discuter, donner son avis, poser des questions aux personnes qu’il ne connaissait pas pour en savoir plus pour eux. L’ambiance était calme, et il avait le temps de formuler sa pensée tranquillement, ce qu’il aimait.

Max rentre chez lui, pas mécontent d’être enfin seul. Mais il est exténué. Sans s’en rendre compte, ce brouhaha de paroles, ces cris, accolades, l’ont vidé très rapidement de toute son énergie. D’ailleurs son énergie était déjà au plus bas en sortant du collège, après cette longue journée de cours. Il reprend confiance en lui instantanément lorsqu’il passe la porte de sa chambre et la referme derrière lui à double tour. Là, il réfléchit. Mais il ne comprend pas. Il ne va pas en parler à ces parents ce soir, car il sait déjà ce qu’ils vont lui dire : « tu sais mon chéri, on a plus ou moins tous été timides dans notre enfance, et on l’est encore parfois dans certaines situations à l’âge adulte. Mais il faut apprendre petit à petit à se forcer, pour repousser ses limites ». Il y a quelques jours, un de ses meilleurs amis lui a dit : « pourquoi es-tu toujours si timide ? Tu ne dis rien dès qu’on est avec les autres, pourtant avec moi tu as plein de choses à raconter ! ».

Max est donc persuadé d’être timide.

Le problème est que personne n’a jamais eu l’idée que ce garçon pouvait être surtout introverti, avant d’être timide. Au contraire, pour l’aider à être moins timide, on l’incite à participer au groupe, à prendre la parole le plus possible, à participer à de nombreuses activités, voire à les organiser, à faire du sport d’équipe, autrement dit : à être extraverti. Résultat des courses : des migraines, difficultés à s’endormir le soir, fatigue chronique, et du coup perte de contrôle de soi et oubli de ce pour quoi il est fait. Finalement, il est souvent déprimé, et il perd confiance en lui. Et enfin, il est incapable de s’intégrer dans un groupe d’extravertis.

Si l’on avait expliqué à Max qu’il était introverti et tout à fait normal, qu’il devait se réserver des plages de calme, rentrer dans sa coquille de temps en temps, et ainsi emmagasiner de l’énergie pour être capable de mieux affronter ensuite le monde extraverti qui l’entoure : peut-être aurait-il été mieux immunisé pour des situations comme celle citée ci-dessus. Alors, il aurait peut-être beaucoup mieux profité de ce moment, ne se serait pas culpabilisé de ne pas participer autant que les autres à la grande rigolade, mais se serait félicité d’y participer à sa manière, en plaçant quelques mots bien trouvés une fois de temps en temps. Il aurait pu survivre à cette demi-heure d’exubérance extrême car il aurait su que ce n’était pas vraiment son truc, mais que pour autant il aimait bien les amis de ce groupe, pris un par un. De plus, il saurait que ce moment était le moment où il fallait tout donner de lui-même, et que dans une trentaine de minutes il pourrait se ressourcer tranquillement seul dans sa chambre, content d’avoir passé l’épreuve et de faire tout de même partie du groupe.

D’autre part, avec cette attitude, il paraîtrait beaucoup plus sûr de lui, et même s’il parle peu les autres l’auraient probablement beaucoup moins remarqué. Car l’on remarque les faibles. Celui qui parle peu mais est très sûr de lui est apprécié. Celui qui ne parle quasiment pas et jette des regards gênés, envieux, timides, est au pire méprisé ou ignoré, ou au mieux on le plaint.

J’ai raconté cette petite histoire pour illustrer la différence entre introverti et timide. Maintenant, un peu de théorie pour clôturer, et j’espère que vous aurez compris !

Définitions de l’introversion et de la timidité

Comme dans l’article précédant, j’aimerais citer la définition de Marti Olsen Laney, dans son excellent livre Introverti et Heureux :

« Introversion : C’est la capacité très saine de rentrer en soi-même. […] Les introvertis se débrouillent très bien en société, aiment les autres et apprécient certains types de rencontres. Néanmoins le bavardage les fatigue tout en leur apportant peu. Ils apprécient les conversations à deux, mais jugent les activités de groupe épuisantes, car elles procurent une stimulation excessive.
Timidité : C’est une anxiété qui apparaît lorsque l’individu se trouve en société, la crainte poussée à l’extrême de se rendre ridicule. […] elle naît en général d’expériences désagréables […], elle va et vient en fonction de l’âge et des circonstances. […] Les conversations à deux les embarrassent. Ce n’est pas une question d’énergie, mais de confiance en soi et d’assurance. […] la crainte de ce que les autres penseront de nous. »

C’est donc bien deux notions distinctes.
La timidité est un manque de compétences sociales qui peut se soigner ; les timides ont peur d’être humiliés, ils ont honte, et sont mal à l’aise en société. D’ailleurs, on est probablement tous (ou presque) au moins un peu timides dans certaines circonstances. Chacun à un degré différent, mais on l’est tous : introvertis comme extravertis.
L’introversion est un caractère tout à fait normal, un besoin de se ressourcer dans le calme après la tempête des échanges avec les autres. Un introverti peut être très bien dans sa peau. Il n’a pas toujours envie d’être en société, voilà tout !

La timidité est en général douloureuse. Pas l’introversion.

On peut être introverti et timide, ou pas ! Mais aussi extraverti et timide (besoin d’être avec les autres pour recharger les batteries, mais incapable de s’intégrer dans le groupe, peur de parler… situation difficile !). Il est vrai que beaucoup d’introvertis sont également timides, timidité souvent née d’une incompréhension de la part de leur entourage (famille, professeurs, amis, etc) qui les ont poussés à être plus « normaux » (plus extravertis).

Si vous êtes introverti et très peu timide, et que vous parlez de votre introversion à votre entourage, vous serez probablement surpris de voir leur réaction : ils seront surpris, ils n’auraient jamais pensé que vous puissiez être introverti !

Il y a une grande méconnaissance de l’introversion, à cause de laquelle il est très difficile à un introverti de se faire entendre. Il faut donc en parler, le plus possible, pour que l’introversion soit enfin une qualité reconnue !

Crédits photo : @THEfunkyman – Flickr