Comment gérer les conflits quand on est introverti

Tout va trop vite. Les mots fusent. Il a raison, bien-sûr. Ses arguments sont implacables. Que répondre ? Il affirme que nous aurions dû agir autrement. Et nous, même si nous sentons au fond de nous que quelque chose cloche dans son argumentation, nous nous écrasons. Nous avons l’impression, quelque part, que nous devrions répondre quelque chose. Que ce qu’il dit n’est pas tout à fait vrai. Qu’il y aurait une autre manière de voir les choses. Mais nous n’arrivons pas à l’exprimer. Et restons silencieux. Dépité de ne savoir que répondre.

Crédit photo : @Ulisse Albiati

Souvent, après coup, nous viennent tous les arguments que nous aurions dire. La colère monte en nous. Nous le détestons. Parce qu’il ne nous a pas demandé notre avis. Parce qu’il n’a pas pris la peine de considérer que nous avions peut-être un autre avis. Mais cette colère reste en nous. Nous ne la dirons pas, car se confronter de nouveau à ses arguments serait trop difficile. Il aurait raison de nouveau.

Voilà ce que beaucoup d’introvertis vivent au cours des conflits. C’est irrémédiable. Car nous sommes intérieurs. Longs à la détente. Nous avons besoin de temps pour formuler nos idées. Nous sommes incapables, contrairement à eux, d’exprimer des pensées non abouties. A quoi bon dire quelque chose dont nous ne serions pas sûr ? Il nous faut d’abord y réfléchir. Et si nous disions quelque chose qui froisse l’autre, et qu’au bout du compte ce n’était pas vrai ? Et si nous affirmions une pensée qui s’avérait finalement ne pas correspondre à ce que l’on pense vraiment ? Pour qui passerions-nous ?

Pourtant, en comprenant mieux le fonctionnement des uns et des autres, il est tout à fait possible de gérer les conflits de manière élégante lorsque l’on est introverti. Voici 4 manières de mieux vous en sortir à l’avenir dans les conflits.

1. Imposez votre lenteur à la discussion

Il faut gagner du temps. Laisser le temps à notre cerveau d’avoir les quelques secondes qui lui permettent de réfléchir à sa propre pensée, sans que l’autre passe déjà à un sujet suivant. Une technique que j’utilise régulièrement et qui fonctionne à merveille, est de paraphraser ce que l’autre dit : “ah bon ? Tu penses que j’aurais dû faire moins de bruit ce matin en me levant ?”. Inciter l’autre à continuer sur ce même argument, pour qu’il approfondisse. Et pendant qu’il répète et approfondit, nous pouvons aboutir notre argument et préparer notre réponse.

2. Apaisez le conflit en réduisant les émotions

Les extravertis aiment souvent le conflit. Ils s’y sentent chez eux. Ils aiment parler vite, dire tout ce qui leur passe par l’esprit, et ne mesurent pas toujours la portée de leurs mots.
De notre côté, chaque mot prononcé nous blesse, et nous enferme encore un peu plus dans notre silence.

Pourtant, il faut bien se rendre compte que pour les extravertis, les mots prononcés n’ont bien souvent pas la même valeur que pour nous. Eux réfléchissent à voix haute. Un mot prononcé n’est souvent que l’expression à un moment donné de l’évolution de leur pensée… pensée qui peut évoluer quelques minutes, voire quelques secondes plus tard.
Notre pensée à nous, introvertis, évolue aussi. La différence est que nous ne l’exprimons qu’une fois totalement aboutie.

Comprendre cela peut vous permettre de relativiser les mots. Ne pas prendre chaque mot personnellement. Accepter que l’autre a un point de vue qui ne demande qu’à être développé.

Apaiser vos émotions, et essayer de comprendre le point de vue de l’autre.

Vos émotions sont votre plus grand ennemi : cette montée d’émotions vous empêche d’y voir clair, et de formuler votre propre pensée.

3. Montrez de l’empathie, pour maîtriser le cours du conflit

Voilà une chose que vous savez faire, en tant qu’introverti. Ecouter, comprendre, inciter l’autre à développer ses arguments. Laisser parler l’autre.

Quel bonheur pour l’autre de voir qu’on le comprend ! Et puis, après tout, son point de vue a aussi le droit d’être considéré… pensez-y !

Cela l’incitera à baisser le ton, et à vous expliquer calmement son point de vue.

Vous y gagnerez du temps et du calme. Tout ce dont vous avez besoin pour maîtriser la discussion

A savoir : il n’y a rien de pire pour un extraverti que d’avoir en face de lui une personne silencieuse et en apparence détachée. Ils ont l’impression de parler à un mur. Et plus ils ont l’impression de parler dans le vide, plus ça les énerve. Et plus ils vont vite et s’énervent contre vous. Votre silence est souvent pris pour un manque d’intérêt pour sa personne. Peut-être parfois même une insulte à sa personne.
A défaut d’entrer dans son jeu de conflit rapide et dynamique : entrez dans le conflit à votre manière, en écoutant, en montrant de l’intérêt, en apaisant les choses, et en préparant vos réponses.

4. Exprimez votre désaccord à votre manière : lente et diplomatique

“Tu sais, on pourrait voir la chose aussi d’une autre manière…”

Une fois sa pensée exprimée, une fois qu’il a reçu de l’intérêt, qu’il a l’impression qu’il a été compris, que vous vous intéressez à son problème et êtes ouvert à accepter son point de vue, la conversation se calmera. Entre temps, vous aurez eu le temps de préparer votre argumentation, à vous.

Viendra alors le bon moment de riposter. Si vous êtes, comme moi, de nature plutôt diplomatique, vous saurez trouver les mots pour affirmer votre vision des choses sans froisser l’autre. Vous montrerez une autre vision possible, sans affirmer que c’est la seule façon de voir les choses. Vous expliquerez que vous comprenez son point de vue, mais que le vôtre est valable aussi.

Tout en flattant son égo, vous apportez des arguments rationnels à votre vision des choses. Le conflit est apaisé, plus lent, et vous permet de vous affirmer, calmement mais sûrement.

5. Cherchez un compromis pour mettre terme au conflit.

Toujours utile de le rappeler : chercher le compromis permet de clore un conflit de manière satisfaisante pour les deux. Cela n’est possible qu’une fois que les deux partis ont bien compris l’argument de l’autre, et accepté que la manière de voir de l’autre est aussi valable, et mérite d’être respectée. A partir de là, la discussion calme est possible pour rechercher des sorties élégantes au conflit. Chacun devra reculer un peu sur ses positions, et accepter la position de l’autre de prendre une part dans le compromis.

Voici donc une manière élégante de s’en sortir dans les conflits lorsque l’on est introverti.

Mais il est vrai que, parfois, les émotions sont trop fortes. Il est impossible de gagner du temps, d’apaiser le conflit. Car il y a trop de ressentis. Alor, le mieux, est de repousser le conflit. L’éviter. Pour y revenir plus tard.
C’est agaçant pour l’autre, mais mieux vaut cela que perdre le conflit.

Et vous, comment vivez-vous vos conflits ?