Comment devenir extraverti ? Ou comment faire fausse route…

Fausse route pour introvertis

Car oui, pour devenir de bons élèves, de bons employés, et de bons amis, votre devoir est de devenir extraverti. C’est indéniable, tout le monde vous l’a dit ! Et je ne peux que soutenir cette opinion déjà largement répandue. Mais comment faire pour devenir extraverti ?

(attention, cet article est écrit sous le ton de l’ironie…)

1. Eh bien c’est bien simple : regardez comment ils font (les extravertis), et faites comme eux !

2. Repoussez autant que vous le pouvez votre zone de confort, en permanence ! Car plus vous la repousserez, plus vous vous habituerez à ce nouvel état que vous créez, qui sera votre nouvelle zone de confort. On vous l’a sûrement dit et répété !

3. Au travail, saisissez toutes les occasions que vous avez de vous “exposer”. Présentez votre travail à toute l’équipe lors du point de début de semaine. Répondez du tac au tac en réunion, tant pis si vous dites des bêtises ! N’ayez pas peur d’avoir l’air ridicule, « c’est en faisant des erreurs que l’on apprend ». Et ne vous morfondez pas chez vous des heures durant parce que vous n’avez pas sorti le bon mot au bon moment… les extravertis savent bien, eux, qu’il ne sert à rien de s’en vouloir… comme on me l’a (trop) souvent répété : “mieux vaut dire des bêtises que de ne rien dire”

4. Surtout, n’ayez pas peur du burnout, cet état d’épuisement ne vous guette pas, cela ne touche que les autres. Dormez assez, c’est tout.

5. Le soir, répondez à toutes les sollicitations que vous recevez : il est mal poli de refuser une invitation. Et puis il est important d’entretenir les relations avec ses amis et ses collègues… on ne sait jamais, ils pourraient nous aider un jour, si on en a besoin. Il faut entretenir son réseau, c’est indispensable pour sa carrière, et pour être heureux. Vous ne croyez pas ?

 

Bon trêve d’ironie ! J’ai énuméré ci-dessus les meilleurs voies à suivre pour faire fausse route.

J’admets, c’est du vécu.
Ce sont des phrases que l’on a entendu tellement souvent qu’elles en sont devenues normales. Et pourtant, suivre ces conseils peuvent sérieusement mener à un burnout, une dépression, ou simplement à passer à côté de sa vie.

Remarque : si vous avez pris les paragraphes ci-dessus au premier degré, et que cela vous a paru normal de lire ces lignes, alors je recommande de les lire de nouveau en vous disant à chaque mot, à chaque phrase : “qu’est-ce qu’ils nous (emm… euh…) embêtent avec leurs critères figés de ce à quoi la vie devrait ressembler.

Attention : je n’affirme pas que les personnes introverties ne devraient pas réseauter, ou ne devraient pas parler du tout en réunion, ou ne devraient pas avoir d’amis. Je revendique juste le droit de faire tout cela à notre rythme, quand nous en sentons la nécessité et l’envie.

Reprenons les exemples que j’ai cités ci-dessus :

1. Faire comme les extravertis
C’est ce que j’ai longtemps essayé de faire. Malheureusement, c’est voué à l’échec, car sur la durée il est très difficile de faire aussi bien qu’eux. J’ai compris depuis quelques années qu’il est beaucoup plus puissant (et dans ma nature) d’être une force silencieuse mais souriante et amicale, que d’essayer d’être le centre de toutes les attentions en moulinant un flot de paroles ininterrompu.

2. Repousser en permanence sa zone de confort :
Repousser ses frontières une fois de temps en temps fait partie des choses saines à faire pour avancer dans sa vie. Mais il faut savoir le faire pour la bonne cause (quelque chose qui nous tient vraiment à cœur), et seulement lorsque cela en vaut le coup. Le faire trop souvent, sans se ménager des moments de retour à la normale peut être très fatiguant, et chambouler tellement notre équilibre que cela finit par être plus contre-productif qu’autre chose.

3. S’exposer le plus possible au travail
S’exposer une fois de temps en temps, oui ; en permanence, non. Parler en réunions n’est pas le seul moyen de montrer sa valeur à ses supérieurs… un petit rapport bien ficelé et envoyé à son chef par email quelques jours avant la réunion peut en imposer bien plus.

4. Le burnout, ce n’est que pour les autres.
Je ne suis pas un expert du burnout, mais il me semble que celui-ci ne vient pas nécessairement seulement d’un excès de travail. Il y a une autre composante qui joue également un rôle. Cette composante est sournoise, car elle se cache ; elle ne se voit pas facilement. Cette composante, c’est le fait de ne pas vivre sa vie ; le fait de jouer en permanence un rôle qui n’est pas le nôtre. Cela nous épuise en profondeur, petit à petit. Et un jour, sans crier garde, elle s’ouvre au grand jour avec une dépression ou un burnout.

5. Vivre une vie sociale intense en dehors du travail
Ici, j’aimerais juste revendiquer le droit à ne pas réseauter lorsque l’on n’en a pas envie, le droit à ne pas voir ses amis lorsque l’on n’en pas envie, le droit à ne pas entretenir de bonnes relations avec ses collègues en allant à tous les pots organisés chaque semaine, etc, etc.
C’est un peu extrême me direz-vous ? Je ne pense pas. C’est juste un droit que je revendique. Je ne dis pas qu’il ne faut pas faire tout cela lorsque l’on est introverti, mais qu’il faut avoir conscience que l’on a le choix, et que c’est notre propre décision de sortir ou ne pas sortir. Il me semble également que l’on donne souvent trop de poids à l’importance de réseauter, d’entretenir ses amitiés et ses connaissances… car lorsque les amitiés sont faites pour durer, elles durent sans efforts, même si on refuse plusieurs fois un rendez-vous.

 

Voilà, et vous, qu’en pensez-vous ?
Le ton de mon article est volontairement un peu provocateur. Pour ceux qui me connaissent, cela peut paraître un peu surprenant comme point de vue, car je ne suis pas asocial, ni renfrogné ou anti extravertis… beaucoup de mes amis sont extravertis, j’aime leur manière d’être, de me faire rire, de me « sortir de mon trou ». Je suis plutôt modéré en général, je pense que le point idéal est toujours dans l’équilibre, jamais dans les extrêmes, et cela vaut également pour l’introversion et l’extraversion. Mais je suis parfois révolté par les dogmes qui nous sont imposés, que personne ne remet en cause, et qui sont, selon moi, des habitudes d’extravertis. Remettons donc un peu d’équilibre dans tout cela !